Les Grandes Douleurs

Toutes nos grandes douleurs
Sont comme nos passions
Muettes aux creux du cœur
Enfouis sous nos décombres
Et quoi que nous fassions
De la Lumière à l’Ombre
Elles sont nos ports d’attaches
Lourds rochers improbables
Qu’il faudrait que l’on arrache
Sans en être capable.

Toutes nos grandes douleurs
Sont comme nos passions
Muettes aux creux du cœur
Et quoi que nous fassions
Nous restons enchainés
Aux bonheurs en bouteille
Aux armes silencieuses
Le raisin sur la treille
Les Ondes amoureuses…

Toutes nos grandes douleurs
Sans comme nos passions
Aveugles dans la douceur
Et quoi que nous fassions
En remontant le fleuve
Nous passons les écluses
Jusqu’à la Terre-Neuve
Acclamant les excuses…

Toutes nos grandes douleurs
Sont comme nos passions
Elles vont comme la rumeur
Qui s’échoue sur les plaintes
Et malgré l’obsession
Des rires et des étreintes
Elles nous accompagnent
Comme livre de chevet
Comme guide de montagne
Jusqu’à l’inachevé

10 Décembre 2017

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CHRONIQUE DES JOURS HEUREUX…ET TOUT LE RESTE EST LITTERATURE.

Cela faisait longtemps.

Longtemps que je n’avais pas écrit ici.

Longtemps que je me suis éloigné de la politique et du militantisme. Depuis ce jour d’avril 2021 ou j’ai pris la décision douloureuse mais nécessaire car cohérente avec moi-même, de quitter le parti de Gauche.

Pour la première fois depuis 2007, je n’ai pas participé à la campagne présidentielle. Bien sûr, j’ai toujours, et j’aurai toujours de la tendresse et une pointe d’admiration pour Jean-Luc Mélennchon. N’ayant jamais été un idolâtre, je ne serai jamais un iconoclaste.

Non, je ne regrette rien de mes années au Parti de Gauche.

Non, je ne brûlerait pas ce que j’ai aimé sous prétexte qu’ils m’ont déçu.

Je n’aime ni les fanatiques aveugles ni les repentis devenus sectaires.

Pourtant, durant toute la campagne pour l’élection à la présidence de la République je mais je suis jamais autant sentis mal à l’aise.

Il y avait le cœur.

Il y avait la raison.

Il y avait les idées.

Il y avait la realpolitik.

Arnaud Montebourg, aurait pu incarner la synthèse de mes idées. Mais sa candidature s’est vite retrouvée otage de stratégies irréconciliables. Son abandon est vite devenu nécessaire et logique.

Fabien Roussel, aurait lui aussi pu incarner la gauche républicaine et laïque.

L’orientation patriote et républicaine que le candidat communiste à donné tout au long de sa campagne fut parfaite. Face aux errements parfois presque mortifères d’une partie de la gauche, Fabien Roussel a su redonner fierté, gloire, et dignité au Parti Communiste Français et au-delà à toute la gauche. En cela, il faudra dans les années à venir compter sur lui et sur ces militants pour rallumer les étoiles.

Néanmoins, le soir du premier tour, j’ai en mon âme et conscience voté pour Jean-Luc Mélenchon. Je l’ai fait, parce que idée d’avoir une fois de plus un second tour opposant l’autoritarisme ultralibéral au fascisme m’était insupportable. Parceque Fabien Roussel partait de trop lon, et « voter pour ses convictions totale » est un acte sans fondements face à la droite.

Je sais ce qu’est devenu jean-luc Mélenchon, sous le poids des petits marquis du gauchisme qui ont pris le pouvoir autour de lui.

Je connais les renoncements sur la laïcité, la République, la nation. Je sais quelles sont les raisons qui m’ont poussé à quitter le Parti de Gauche la France insoumise. Je ne regrette rien.Fidèle a mes convictions ainsi qu’à ma conception du socialisme républicain,je le referai.

Néanmoins, le risque était trop grand et l’espoir trop important. Le choix qui fut le mien le jour du premier tour fut un choix de raison, ancré dans la réalité politique du moment. Si c’était à refaire, je le referais.

Il est toujours facile de donner des leçons de pureté révolutionnaire puis de rentrez chez soi. Ce n’est pas ma collection de la politique

Et maintenant?

Que faire?

Déserter encore?

Rentrer à la maison?

Non.

J’ai fait le choix de rejoindre la gauche républicaine et socialiste. Aujourd’hui,la GRS correspond le mieux à mes idées. Laique. Républicaine. Intransigeante. Au premier tour des élections législatives, je voterai pour le candidat de la fédération de la gauche Républicaine. Face au candidat fantôme, voyou et communautariste LREM, il n’y a pas de discussion possible.

Mon camarade laurent Mieremont incarne cette candidature.

En mon âme et conscience je voterai donc pour Laurent au premier tour de ce scrutin.

S’il se qualifie, je voterai pour lui au second. S’il n’y est pas j’éliminerai le candidat LREM sans aucune hésitation.

S’abstenir où faire la fine bouche sur un second tour gauche-droite n’est qu’une attitude de petit bourgeois.

Il sera temps, une fois le scrutin passé, de réfléchir,de condamner, et de reconstruire. En attendant, le pays ne peut se passer d’une réflexion à court terme. Voter au premier tour pour les candidats de la fédération la gauche républicaine, et au second, soit pour eux soit pour les candidats NUPES elle la moindre des choses.

Et tout le reste est literature.

Le laurier et la rose

Ce soir la lune hiberne. Et le monde s’en fiche.

Perdu, l’homme se terre. Et la Mort l’aguiche.

Je tourne. Sur moi-même. Dans cette pièce obscure.

Roxane a disparu. Cyrano fait le mur.

Le panache n’est plus que souvenir enfoui.

Qui donc, de nos jours, osera le «  Non merci »?

Refusant la rançon d’une gloire arrangée.

Pour quelques alouette. Au miroir déplumé.

Ô versificateur. Tu n’es que Souvenir.

Sombre sera la nuit. Et sombre l’Avenir.

Ce soir, la lune hiberne. Et le Monde s’en fiche.

L’Homme baisse la tête. Il a le cœur en friche.

Il a les yeux paumés. Et les jambes perdues.

Qui donc, croquera tous les fruits défendus?

Refusant de se vendre pour une fragile obole.

Plutot mourir anonyme que renier sa parole.

Ô versificateur. Symbole d’un autre temps.

Serais-tu déserteur, sacrifiant le printemps?

Cyrano. Savinien. Mon frère, sous les décombres.

Tu survis. Cyrano. Et j’attrape ton Ombre.

Moi. L’Éternel bousculé. L’incompris. L’Exangue.

Cyrano. Savinien. Mon frère. Je parle ta langue.

Celle des romantiques. Des faiseurs de chansons.

Marginaux sans lumières. Génies sans épitaphes.

Cyrano. Savinien. Mon frère d’illusions.

Plutôt l’obscurité que les grands autographes.

Face à la bien-pensance, ne pas fermer sa gueule.

« Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul. »

Avril 2022

Xaintrailles

Je la revois. La Chambre Rose
Au mur, une affiche. Je m’y repose

L’après-midi fut calme
Entre petites voitures
Et album de famille.
L’après-midi fut calme
Entre tartines de confiture
Et Yaourt vanille…

Une partie de bataille
Revenir, à Xaintailles.

Je la revois. La Chambre Rose
Je m’y repose.
Traînent des billes dans un coin
L’école Rouge n’est pas loin
J’irai. Récréation. Travail
Revenir, à Xaintrailles.

Je la revois. La Chambre Rose
Un circuit miniature. Un Ours qui sourit
Un gouter. Un Noël. Une Pause.
Et tout ce qui s’en suit.
Un coeur lourd. Une distance. Une faille.
Revenir, à Xaintrailles.

S’en aller. Revenir. Pleurer dans les entrailles
Et mourir. A Xaintrailles…

Juin 2021

Les Larmes et le Poing – A propos de 12 ans de Ma vie…

Cet article, j’aurai voulu ne jamais l’écrire.

Même ne jamais y penser. D’ailleurs, alors que d’autres m’avaient précédé d’abord en 2015 puis en 2018, je ne le ai pas suivi. Je refusai de les comprendre, certains n’étant que des petits marquis de la démission en manque de publicité. Aujourd’hui encore, je n’accepte pas leurs raisons. Mais je les comprends.

C’est mon tour.

A la suite du Congrès (parodie…) qui s’est tenu les 26,27,28 mars, j’ai pris la décision, douloureuse mais nécessaire, de quitter le Parti de Gauche.

Ce ne fut pas une décision facile à prendre. Le PG fut ma deuxième famille, depuis mon adhésion en 2009. J’y ai vécu des moments magnifiques, rencontré des militants de toutes sortes qui m’ont éveillé au combat et à la réflexion. politique. J’y ai appris la rigueur militante, l’amitié, la fraternité collective. Deux campagnes présidentielles sont passées par là, dont une, la dernière, où nous avons touché le pouvoir du bout des doigts… Cette année 2017, si éprouvante mais tellement belle en frissons, en apprentissage mais aussi en larmes…

Je  n’ai regrets, ni remords. Je ne renie rien. Les désaccords du présent n’effacent pas les bonheurs passés.

Je garde au sein du PG et de la FI des amis et camarades fidèles, dont je connais l’abnégation. Le socle idéologique qui nous lie n’a pas bougé.

Je regrette seulement de voir le PG vidé de sa substance, de ses militants, une direction toute entière alignée sur la FI et sa nouvelle stratégie électoraliste.

Une stratégie certainement perdante, oscillant entre le brillant des propositions, et l’assassinat du programme sur les fondamentaux de la république et de la laïcité.

Parce qu’il est le plus brillant de sa génération, parce qu’il m’a éveillé à la réflexion et à l’action pour la République Sociale, je garde pour Jean-Luc Mélenchon admiration et tendresse.

Je regrette, avec amertume, colère et tristesse l’enferment idéologique dans lequel le pousse une partie de son entourage politique, afin de maintenir la nouvelle ligne si éloignée de l’universalisme, dont je parlais plus haut.

La prise du pouvoir au sein du PG et de la Fi de néo-militants tout entier convertis à la gauche américaine signe le déclin de forces politiques qui auraient pu et du renverser la table.

L’esprit de 2017 s’éloigne au fur et à mesure que se rapproche 2022.

Je veux ici penser à ceux de mes camarades qui, ayant fait le même le constat politique que moi, continuent le combat de l’intérieur. Je sais leur franchise et leur amour pour ce Parti et leur assure toute mon amitié. Nous nous retrouverons dans les luttes et personne ne sait aujourd’hui ce qu’il adviendra en Avril prochain…

Viennent les jours heureux et le goût du bonheur…

Anne Sylvestre, et son âme en partant…

Ceux qui aiment la chanson vivante et apprécient la force des textes la connaissaient forcément. Décédée le 30 novembre dernier, Anne Sylvestre faisait partie de ces artistes qui mènent une carrière parallèle aux grands médias, mais essentielle à l’art qu’ils défendent. Et qui ne tomberont jamais tout à fait dans l’oubli. Nous l’aurions voulu immortelle. Mais la « Grande Dame » s’en est allée. Pluie d’hommages et sanglots d’hypocrisie dans la presse. Ceux-là mêmes qui l’ont très peu invitée, préférant toujours les artistes qui n’ont rien à dire, l’ont célébrée tout au long du mois de décembre dans une litanie de poncifs lénifiants : « chanteuse pour enfants », « humaniste » (ce qui est vrai mais aussi réducteur). Certes, il y eut bien quelques passages chez Jacques Chancel et son Grand Échiquier, quelques apparitions chez l’immortel Drucker, ou la toujours fidèle Denise Glaser. Mais ce fut peu, trop peu au regard de son immense talent. Elle n’a eu qu’une petite reconnaissance, sauf celle de son public, inconditionnel, qui connaissait par cœur les chansons. Ce public, fidèle de l’enfance jusqu’à l’âge adulte, qui ne l’a jamais oubliée. Portrait d’une artiste à part, et hommage bercé de larmes, par Cécilien Grégoire.

Retrouvez la suite de cet article ici:  https://www.reconstruire.org/anne-sylvestre-et-son-ame-en-partant/

La leçon de Jean Zay -Reconstruire –

Article Orignal sur le site de Reconstuire.

La leçon de Jean Zay

 

 

 

 

Il est des hommes dont le destin brisé hante l’Histoire.

Des hommes dont la lumière s’est éteinte trop tôt.

Des hommes dont l’ombre plane encore sur une patrie vacillante.

Des martyrs républicains  que les livres d’histoire ont longtemps occultés.

Jean Zay était de ceux-là.

 

Député à 27 ans.

Secrétaire d’État à 31.

Ministre à 32.

Assassiné à 40.

L’ascension de Jean Zay fut fulgurante. Sa carrière brillante. Son action intense et efficace.  Sa fin tragique. Son souvenir brûlant.

 

Portrait d’un homme qui voua sa vie à la République jusqu’à en mourir. Et leçon pour une Gauche en quête de repères.

 

Un engagement Républicain et intellectuel

 

Né à Orléans en 1904, d’un père juif Alsacien et d’une mère institutrice protestante, Jean Zay est très vite influencé par les idées républicaines. Bachelier brillant, le voilà d’abord devenu journaliste puis avocat au barreau d’Orléans à seulement 24 ans.

C’est à la même époque qu’il entre au Parti Radical, alors parti le plus puissant à Gauche, foncièrement laïque, républicain et patriote. Il est élu député du Loiret en 1932.

Il y côtoie Pierre Mendès-France.

Les deux hommes se lient rapidement d’une amitié aussi solide que la haine qu’ils inspirent de la part de leurs adversaires politiques.

Farouchement patriote et antifasciste, Jean Zay, partisan de l’union à gauche parvient à rallier à sa cause Édouard Herriot et la majorité du Parti Radical lors du Congrès de 1935, dont il est le rapporteur.

 

Le Front Populaire est né.

 

Porté par la vague, Jean Zay est réélu député en Mai 1936. Le 4 Juin de la même année il est nommé ministre de l’Éducation Nationale et des Beaux-Arts.

A 32 ans, il devient le plus jeune ministre de la IIIe République. Ministre sous cinq gouvernements successifs, il détient le record absolu à ce poste sous la IIIe République, soit trente-neuf mois.

 

Le Grand ministère

 

A la tête du ministère de l’Éducation Nationale, auquel furent rattachés le Secrétariat d’État de la Jeunesse et des Sports, ainsi que celui de la Recherche, Jean Zay tente de mener une politique ambitieuse mais parfois contrariée, que ce soit par la frilosité de ses amis ou par l’opposition conservatrice du Sénat.

 

Par la Loi du 9 août 1936, il porte l’obligation de scolarité à 14 ans, contre 13 ans auparavant.


Son action est guidée par l’ambition de démocratiser le système éducatif français, dans la continuité des Lois Ferry. En effet, si depuis la Loi du 28 Mars 1882, l’école de la République est gratuite et obligatoire, elle n’est pas accessible à tous. Jean Zay exprime sa vision en ces termes : 

« La justice sociale n’exige-telle point que, quel que soit le point de départ, chacun puisse aller dans la direction choisie aussi loin et aussi haut que ses aptitudes le lui permettront ? »

(Exposé des motifs du projet de réforme de l’enseignement / 5 mars 1937)

 

Ce projet ambitieux, qui préfigure notre système éducatif organisé en trois degrés, ne voit pas le jour du fait de l’opposition du Sénat, mais sera repris en partie à la Libération.

Bloqué par le Parlement dans ses velléités de réformes, Jean Zay légifère par décrets ; il développe alors les activités dirigées, réorganise les directions, donne au premier et au second degré un programme identique, met en place les loisirs dirigés dans le secondaire, encourage Célestin Freynet, développe les bourses d’études, crée les cantines scolaires, met en place des classes de 6e d’orientation, et encourage par circulaire ministérielle l’enseignement de l’espéranto dans le cadre d’activités socio-éducatives.

Dans Souvenirs et Solitude, Jean Zay explique ainsi le sens de ses réformes :

«Il s’agissait, là comme ailleurs, d’éveiller les aptitudes et la curiosité des élèves, d’ouvrir plus largement à la vie le travail scolaire, de familiariser l’enfant avec les spectacles de la nature et de la société, de lui faire connaître l’histoire et la géographie locale, et de remplacer, comme dit Montaigne, le savoir appris par le savoir compris.»

 

Jean Zay expérimente d’ailleurs l’Éducation Physique et Sportive à l’école, dont il veut faire un outil d’émancipation et de libération de l’individu.

 

Comme Secrétaire d’État à la Recherche, il participe à la fondation du CNRS en Octobre 1939. A l’aide de Jean Perrin, il développe Palais de la Découverte, construit pour l’Exposition internationale de 1937.

 

En 1938, il imagine un projet de réforme pour la haute fonction publique, conscient qu’il faut démocratiser l’accès aux postes les plus hauts, par un recrutement dans le cadre d’une  formation publique, ouverte à toutes les classes sociales et non plus à l’intérieur d’une élite fermée. C’est ainsi qu’il crée l’ENA, dont la naissance effective aura lieu à la Libération, le projet s’étant une fois de plus heurté au refus des sénateurs.

 

Ministre des Beaux-Arts, Jean Zay a pour ambition de rendre la culture accessible à tous. 

Il rénove la Comédie française, en nommant Edouard Bourdet administrateur, entouré de quatre metteurs en scène novateurs: Gaston Baty, Jacques Copeau, Charles Dullin et Louis Jouvet.

Le Ministre Zay participe à la création des grands musées parmi lesquels le musée de l’Homme ou le musée d’Arts Modernes.

 

Jean Zay prévoit aussi un plan de soutien au cinéma par la création de la Cinémathèque Française. Pour lutter contre l’influence fasciste de la Mostra de Venise, il crée le Festival de Cannes dont la première édition prévue en 1939 ne peut avoir lieu pour cause de déclaration de guerre.

 

Il est également à l’origine d’un projet de loi visant à soutenir les auteurs, mais ce projet se heurte aux éditeurs. Jean Zay crée également les bibliobus.

 

Laïque et sensible à la question de la neutralité, le Ministre Zay, promulgue deux circulaires importantes: l’une du 31 décembre 1936 portant sur l’absence d’agitation politique dans les établissements scolaires; l’autre, du 15 mai 1937 interdisant le prosélytisme religieux, loi qui précise que : « L’enseignement public est laïque. Aucune forme de prosélytisme ne saurait être admise dans les établissements ».

 

Volontariste et résolument moderne, l’œuvre législative de Jean Zay a profondément marqué le Front Populaire. Il a déjà accompli beaucoup en moins de quatre ans, construit une œuvre politique et définit des orientations dont la majorité sont demeurées et ont été confortés dans le futur. Mais le grand ministre ’est pas allé jusqu’au au bout de ces immenses ambitions de construction et de réformes en matière culturelle et d’éducation, stoppé en plein vol par la défaite et l’occupation.

 

« Je vous Zay »

 

De gauche, Républicain, Laïque, franc-maçon d’origine juive, Jean Zay fut, dès le commencement de sa carrière politique la cible d’attaques incessantes de l’extrême-droite. Anti-Munichois farouche, partisan inconditionnel d’une intervention de soutien aux Républicains espagnols, il est régulièrement attaqué par tout ce que la France compte d’élus et de plumes antisémites. De Jouhandeau à Maurras, de Céline aux journaux tels Gringoire ou l’Action Française, tous tirent à vue sur le « juif Zay ».

Céline écrit en 1937 dans l’École des Cadavres : « Vous savez sans doute que sous le haut patronage du négrite juif Zay, la Sorbonne n’est plus qu’un ghetto. Tout le monde le sait » et d’ajouter un peu plus loin un jeu de mot aussi terrible qu’immortel : « Je vous Zay ».

 

Marcel Jouhandeau, lui, écrit dans Le Péril Juif « Monsieur Jean Zay, un juif, a entre les mains l’avenir vivant de ce pays ».

 

Quand l’extrême-droite n’attaque pas le « Juif Zay », elle prend pour cible celui qu’elle considère comme un mauvais patriote, prenant comme prétexte un pamphlet de jeunesse intitulé Le Drapeau (texte antimilitariste) écrit en 1924 et publié dans un journal pacifiste. Ce texte, qui n’est qu’un pastiche, sera tout au long de la vie de Jean Zay et même après sa mort, utilisé contre lui par les thuriféraires de la revanche.

 

 

La République assassinée

 

Survient la guerre.

En tant que membre du gouvernement, Jean Zay n’est pas mobilisable.

Il démissionne pourtant de son poste de ministre et s’engage dès la déclaration de guerre, le 3 Septembre 1939. Sous-lieutenant, il rejoint Bordeaux en juin 1940 avec l’autorisation de ses supérieurs, afin de participer aux sessions gouvernementales. Le 20 juin, il s’embarque sur le paquebot Massilia en compagnie notamment de Pierre Mendès-France et Georges Mandel.  Au total ce sont vingt-sept parlementaires qui rejoignent le Maroc, dans le but d’y continuer le combat. Le 15 juin, trahi par le gouvernement en exil, Jean Zay est arrêté à Casablanca pour désertion devant l’ennemi. Le 20 août  1940, il est incarcéré à la prison de Clermont-Ferrand.

Les revanchards réclament sa tête, et à travers lui celle de la République. Les campagnes de haine repartent de plus belle, le collaborateur Henriot réclamant sa mort par voie de presse.

 

Jean Zay comparait devant le tribunal militaire de Clermont-Ferrand le 4 Octobre 1940.
Il y est condamné à la déportation à vie ainsi qu’à la dégradation militaire.

Cette condamnation, qui rappelle celle de Dreyfus, transpire la haine et la revanche. Jean Zay est enfermé à la prison de Riom, prisonnier politique qui n’en a pas le statut, il y reçoit régulièrement sa femme Madeleine et ses deux filles, Catherine et Hélène.

Refusant de s’évader, sans doute pour protéger sa famille d’éventuelles représailles, et sûr de son destin, il trouve refuge dans l’écriture.

 

Il consigne ses idées pour le futur, ses réflexions sur sa condition de prisonnier et sur la guerre. Particulièrement sévère vis-à-vis du commandement militaire, à l’image de Marc Bloch et son Étrange défaite. Ce livre, brillant, sans concession,  lucide sur le bilan du front populaire est publié à la libération sous le titre Souvenirs et Solitude. Ses dernières lignes, écrites la veille de son exécution, témoigne de son extrême optimisme : « Je pars plein de bonne humeur et de force. Je n’ai jamais été si sûr de mon destin et de ma route. J’ai le cœur et la conscience tranquilles. Je n’ai aucune peur. J’attendrai comme je le dois dans la paix de ma pensée. »

 

Le 20 juin 1944, trois miliciens se présentent à la prison de Riom. Après avoir extrait Jean Zay de sa cellule, lui ayant laissé entendre qu’ils appartenaient à un réseau de résistance devant le conduire dans le maquis, ils l’abattent à Molles dans l’Allier.

 

Jean Zay n’avait  pas 40 ans.

Ainsi se brise le destin de celui dont Mendès-France dira plus tard, qu’il était voué à une grande carrière politique après-guerre.

 

Son corps n’est retrouvé qu’en Septembre 1946 par des chasseurs dans une forêt près de Cusset. Enterré dans la fosse commune de la ville de Cusset, son corps est exhumé en 1947. Son assassin, le milicien Charles Develle est condamné aux travaux forcés à perpétuité en 1953. Jean Zay est réhabilité à titre posthume le 5 Juillet 1945 par la cour d’appel de Riom. Il est inhumé à Orléans le 15 mai 1948.

 

Entre ici, Jean Zay.

 

Coincée entre les Gaullistes et le martyr des 75 000 fusillés, l’œuvre de Jean Zay est absente des commémorations qui suivent la Libération.

Son œuvre est vaillamment défendue par ses filles et quelques amis, parmi lesquels l’historien Antoine Prost.

Jusqu’au 27 mai 2015.

Ce jour-là, accompagnant Geneviève Anthonioz-De Gaulle et Germaine Tillon, Jean Zay entre au Panthéon.

Soixante et onze ans après son assassinat, au Grand Ministre, la Patrie est enfin reconnaissante. Une reconnaissance pour la gauche aussi. Et pour son œuvre durant la courte expérience du Front Populaire, pendant laquelle elle a démontré sa capacité à « Faire » et à innover, en respectant les valeurs de la République.      

Et pour cette Gauche, il s’agit là d’une leçon universelle : quand elle veut, elle peut.

 

 

Cécilien GREGOIRE

 

 

Bibliographie indispensable :

 

Jean Zay, Écrits de prison 1940-1944, Paris, Belin, 2014.

Jean Zay, Souvenirs et Solitude, Paris, Belin , 2017.

Olivier Loubes, Jean Zay, l’inconnu de la République, Paris,Armand Colin, 2012.

Antoine Prost, Jean Zay et la gauche du radicalisme, Paris, Presse de Sciences- Po, 2003.

Gérard Boulanger, L’affaire Jean Zay, La République assassinée, Paris, Calmann-Lévy , 2003

 

 

 

La France Insoumise pour la planification du dé-confinement

Le Groupe Parlementaire de la France Insoumise est pleinement engagé dans le combat politique en pleine crise sanitaire (qui n’est pas une guerre ), face à l’incurie (pour rester dans les limites de la courtoisie), les 17 députés FI proposent une stratégie claire, précise, basée sur un principe simple: la planification. le confinement n’a pas été préparé (en plus d’avoir été imposé à grands coups d’infantilisation et de répression). il est temps d’en sortir, de façon préparée et non-anxiogène 

 

https://lafranceinsoumise.fr/2020/04/27/coronavirus-planification-du-deconfinement-propositions-du-groupe-parlementaire-lfi/

Les Ratures


De nos jours encore
Les Poètes de sept ans
Se rêvent chercheurs d’Or
Se veulent conquérants
Mais au final ne sont
Que reflets fatigués
Pleurant à l’unisson
Leurs songes déchiquetés.

De nos jours encore
Les Poètes Maudits
Attendent l’Age d’Or
Mi héros. Mi bandits.
Mais au final ne sont
Que silhouettes errantes
De bistrots en grand’places
Et leur gloire les hante
Comme larmes dans la glace.

De nos jours encore
Quelques ombres anonymes
Peuplent les corridors
Arpentent les pseudonymes
Répétant la chanson
De ceux, nés bien trop tard
Dans ce siècle perdu.
Ils ne font que passer
Et les voilà vaincus
Par l’absurde modernité.

De nos jours encore
Sous d’âpres cressons bleus
Quelques toréadors
Qui invoquent les cieux
Envoient aux champs d’horreurs
Une foule d’enfants seuls
Qui, pensant toucher le bonheur
Finissent sous le linceul.

De nos jours encore
D’étranges saltimbanques
Hantent le même décor
Des guichets de banques.
Vivent où ils le peuvent
Si loin des maisons neuves/
Leurs petites amoureuses
Puisque les ventres sont vides
S’en vont. Silencieuses
Sous un ciel livide.

Homme au semelle de vent,
Souvent, je pense à toi.
Qui, des plaines d’Orient
A Bruxelles sous les toits
Vécu cette vie d’absinthe
Et des poches crevées
Cette vie jamais feinte
De trente sept années
Puis vint le grand sommeil
Sur les rives de Marseille.

Bien sur il y eut l’Afrique
Il y’eut l’Abyssinie
Où tu fus maléfique
Tout autant que génie.

De nos jours encore
Des armées de peaux-rouges
Descendent sans remords
Les déliés qui bougent
Jusqu’où iront-ils ?
Pour combien de temps ?
Jusqu’à quelle île ?
Au printemps. Si évident…

De nos jours encore
Quand la ville s’éteint
Quelques traînes poèmes
Ressassent leurs rengaines
En rêvant du Vercors
Leur ambition s’éteint
Meurt la littérature
Ne restent que les ratures.

Bien-sûr. Je me fous des ratures
Arthur.



Avril 2020

A jamais fatigué de dire ce que je pense


En remontant tranquille cette chère rue Lepic
Entre les temps modernes et Paris authentique
Récitant à bas-bruit quelques intimes strophes
Tout là haut. Voila qu m’apostrophe
La mémoire des martyrs, frères de soixante et onze
Et du passe-murailles une statue de bronze.
Je ferai vœu de livre. Je ferai pénitence.

A jamais fatigué de dire ce que je pense…

Vient la rue des Abbesses
Où il m’en souvient. Je fus aimé. Un jour
Quelques soient les idées que le monde professe
Je me garderai bien de sanctifier l’amour.
Encore quelques mètres. Le sommet de la butte
S’accrocher. Retenir la chute.
Plutôt que le mépris. Préférer le silence.

A jamais fatigué de dire ce que je pense…

A jamais fatigué de dire ce que je pense
Pour l’amour. Pour la vie. Et même pour la France
Quand l’histoire toujours semble donner raison
Aux poètes. Aux fous. Aux faiseurs de chansons.

A jamais fatigué de dire ce que je pense.
Quand chacun des combats menés tambours battants
S’abîment sur les rochers de la désespérance
Les uns après les autres, pleurent les militants.

Vieillir. Seul. Mais debout. Avec sa conscience
Sans compromis aucuns avec ses promesses
Qu’importe alors que le monde nous connaisse
A jamais fatigué de dire ce que l’on pense…


Avril 2020