Les Grandes Douleurs

Toutes nos grandes douleurs
Sont comme nos passions
Muettes aux creux du cœur
Enfouis sous nos décombres
Et quoi que nous fassions
De la Lumière à l’Ombre
Elles sont nos ports d’attaches
Lourds rochers improbables
Qu’il faudrait que l’on arrache
Sans en être capable.

Toutes nos grandes douleurs
Sont comme nos passions
Muettes aux creux du cœur
Et quoi que nous fassions
Nous restons enchainés
Aux bonheurs en bouteille
Aux armes silencieuses
Le raisin sur la treille
Les Ondes amoureuses…

Toutes nos grandes douleurs
Sans comme nos passions
Aveugles dans la douceur
Et quoi que nous fassions
En remontant le fleuve
Nous passons les écluses
Jusqu’à la Terre-Neuve
Acclamant les excuses…

Toutes nos grandes douleurs
Sont comme nos passions
Elles vont comme la rumeur
Qui s’échoue sur les plaintes
Et malgré l’obsession
Des rires et des étreintes
Elles nous accompagnent
Comme livre de chevet
Comme guide de montagne
Jusqu’à l’inachevé

10 Décembre 2017

La leçon de Jean Zay -Reconstruire –

Article Orignal sur le site de Reconstuire.

La leçon de Jean Zay

 

 

 

 

Il est des hommes dont le destin brisé hante l’Histoire.

Des hommes dont la lumière s’est éteinte trop tôt.

Des hommes dont l’ombre plane encore sur une patrie vacillante.

Des martyrs républicains  que les livres d’histoire ont longtemps occultés.

Jean Zay était de ceux-là.

 

Député à 27 ans.

Secrétaire d’État à 31.

Ministre à 32.

Assassiné à 40.

L’ascension de Jean Zay fut fulgurante. Sa carrière brillante. Son action intense et efficace.  Sa fin tragique. Son souvenir brûlant.

 

Portrait d’un homme qui voua sa vie à la République jusqu’à en mourir. Et leçon pour une Gauche en quête de repères.

 

Un engagement Républicain et intellectuel

 

Né à Orléans en 1904, d’un père juif Alsacien et d’une mère institutrice protestante, Jean Zay est très vite influencé par les idées républicaines. Bachelier brillant, le voilà d’abord devenu journaliste puis avocat au barreau d’Orléans à seulement 24 ans.

C’est à la même époque qu’il entre au Parti Radical, alors parti le plus puissant à Gauche, foncièrement laïque, républicain et patriote. Il est élu député du Loiret en 1932.

Il y côtoie Pierre Mendès-France.

Les deux hommes se lient rapidement d’une amitié aussi solide que la haine qu’ils inspirent de la part de leurs adversaires politiques.

Farouchement patriote et antifasciste, Jean Zay, partisan de l’union à gauche parvient à rallier à sa cause Édouard Herriot et la majorité du Parti Radical lors du Congrès de 1935, dont il est le rapporteur.

 

Le Front Populaire est né.

 

Porté par la vague, Jean Zay est réélu député en Mai 1936. Le 4 Juin de la même année il est nommé ministre de l’Éducation Nationale et des Beaux-Arts.

A 32 ans, il devient le plus jeune ministre de la IIIe République. Ministre sous cinq gouvernements successifs, il détient le record absolu à ce poste sous la IIIe République, soit trente-neuf mois.

 

Le Grand ministère

 

A la tête du ministère de l’Éducation Nationale, auquel furent rattachés le Secrétariat d’État de la Jeunesse et des Sports, ainsi que celui de la Recherche, Jean Zay tente de mener une politique ambitieuse mais parfois contrariée, que ce soit par la frilosité de ses amis ou par l’opposition conservatrice du Sénat.

 

Par la Loi du 9 août 1936, il porte l’obligation de scolarité à 14 ans, contre 13 ans auparavant.


Son action est guidée par l’ambition de démocratiser le système éducatif français, dans la continuité des Lois Ferry. En effet, si depuis la Loi du 28 Mars 1882, l’école de la République est gratuite et obligatoire, elle n’est pas accessible à tous. Jean Zay exprime sa vision en ces termes : 

« La justice sociale n’exige-telle point que, quel que soit le point de départ, chacun puisse aller dans la direction choisie aussi loin et aussi haut que ses aptitudes le lui permettront ? »

(Exposé des motifs du projet de réforme de l’enseignement / 5 mars 1937)

 

Ce projet ambitieux, qui préfigure notre système éducatif organisé en trois degrés, ne voit pas le jour du fait de l’opposition du Sénat, mais sera repris en partie à la Libération.

Bloqué par le Parlement dans ses velléités de réformes, Jean Zay légifère par décrets ; il développe alors les activités dirigées, réorganise les directions, donne au premier et au second degré un programme identique, met en place les loisirs dirigés dans le secondaire, encourage Célestin Freynet, développe les bourses d’études, crée les cantines scolaires, met en place des classes de 6e d’orientation, et encourage par circulaire ministérielle l’enseignement de l’espéranto dans le cadre d’activités socio-éducatives.

Dans Souvenirs et Solitude, Jean Zay explique ainsi le sens de ses réformes :

«Il s’agissait, là comme ailleurs, d’éveiller les aptitudes et la curiosité des élèves, d’ouvrir plus largement à la vie le travail scolaire, de familiariser l’enfant avec les spectacles de la nature et de la société, de lui faire connaître l’histoire et la géographie locale, et de remplacer, comme dit Montaigne, le savoir appris par le savoir compris.»

 

Jean Zay expérimente d’ailleurs l’Éducation Physique et Sportive à l’école, dont il veut faire un outil d’émancipation et de libération de l’individu.

 

Comme Secrétaire d’État à la Recherche, il participe à la fondation du CNRS en Octobre 1939. A l’aide de Jean Perrin, il développe Palais de la Découverte, construit pour l’Exposition internationale de 1937.

 

En 1938, il imagine un projet de réforme pour la haute fonction publique, conscient qu’il faut démocratiser l’accès aux postes les plus hauts, par un recrutement dans le cadre d’une  formation publique, ouverte à toutes les classes sociales et non plus à l’intérieur d’une élite fermée. C’est ainsi qu’il crée l’ENA, dont la naissance effective aura lieu à la Libération, le projet s’étant une fois de plus heurté au refus des sénateurs.

 

Ministre des Beaux-Arts, Jean Zay a pour ambition de rendre la culture accessible à tous. 

Il rénove la Comédie française, en nommant Edouard Bourdet administrateur, entouré de quatre metteurs en scène novateurs: Gaston Baty, Jacques Copeau, Charles Dullin et Louis Jouvet.

Le Ministre Zay participe à la création des grands musées parmi lesquels le musée de l’Homme ou le musée d’Arts Modernes.

 

Jean Zay prévoit aussi un plan de soutien au cinéma par la création de la Cinémathèque Française. Pour lutter contre l’influence fasciste de la Mostra de Venise, il crée le Festival de Cannes dont la première édition prévue en 1939 ne peut avoir lieu pour cause de déclaration de guerre.

 

Il est également à l’origine d’un projet de loi visant à soutenir les auteurs, mais ce projet se heurte aux éditeurs. Jean Zay crée également les bibliobus.

 

Laïque et sensible à la question de la neutralité, le Ministre Zay, promulgue deux circulaires importantes: l’une du 31 décembre 1936 portant sur l’absence d’agitation politique dans les établissements scolaires; l’autre, du 15 mai 1937 interdisant le prosélytisme religieux, loi qui précise que : « L’enseignement public est laïque. Aucune forme de prosélytisme ne saurait être admise dans les établissements ».

 

Volontariste et résolument moderne, l’œuvre législative de Jean Zay a profondément marqué le Front Populaire. Il a déjà accompli beaucoup en moins de quatre ans, construit une œuvre politique et définit des orientations dont la majorité sont demeurées et ont été confortés dans le futur. Mais le grand ministre ’est pas allé jusqu’au au bout de ces immenses ambitions de construction et de réformes en matière culturelle et d’éducation, stoppé en plein vol par la défaite et l’occupation.

 

« Je vous Zay »

 

De gauche, Républicain, Laïque, franc-maçon d’origine juive, Jean Zay fut, dès le commencement de sa carrière politique la cible d’attaques incessantes de l’extrême-droite. Anti-Munichois farouche, partisan inconditionnel d’une intervention de soutien aux Républicains espagnols, il est régulièrement attaqué par tout ce que la France compte d’élus et de plumes antisémites. De Jouhandeau à Maurras, de Céline aux journaux tels Gringoire ou l’Action Française, tous tirent à vue sur le « juif Zay ».

Céline écrit en 1937 dans l’École des Cadavres : « Vous savez sans doute que sous le haut patronage du négrite juif Zay, la Sorbonne n’est plus qu’un ghetto. Tout le monde le sait » et d’ajouter un peu plus loin un jeu de mot aussi terrible qu’immortel : « Je vous Zay ».

 

Marcel Jouhandeau, lui, écrit dans Le Péril Juif « Monsieur Jean Zay, un juif, a entre les mains l’avenir vivant de ce pays ».

 

Quand l’extrême-droite n’attaque pas le « Juif Zay », elle prend pour cible celui qu’elle considère comme un mauvais patriote, prenant comme prétexte un pamphlet de jeunesse intitulé Le Drapeau (texte antimilitariste) écrit en 1924 et publié dans un journal pacifiste. Ce texte, qui n’est qu’un pastiche, sera tout au long de la vie de Jean Zay et même après sa mort, utilisé contre lui par les thuriféraires de la revanche.

 

 

La République assassinée

 

Survient la guerre.

En tant que membre du gouvernement, Jean Zay n’est pas mobilisable.

Il démissionne pourtant de son poste de ministre et s’engage dès la déclaration de guerre, le 3 Septembre 1939. Sous-lieutenant, il rejoint Bordeaux en juin 1940 avec l’autorisation de ses supérieurs, afin de participer aux sessions gouvernementales. Le 20 juin, il s’embarque sur le paquebot Massilia en compagnie notamment de Pierre Mendès-France et Georges Mandel.  Au total ce sont vingt-sept parlementaires qui rejoignent le Maroc, dans le but d’y continuer le combat. Le 15 juin, trahi par le gouvernement en exil, Jean Zay est arrêté à Casablanca pour désertion devant l’ennemi. Le 20 août  1940, il est incarcéré à la prison de Clermont-Ferrand.

Les revanchards réclament sa tête, et à travers lui celle de la République. Les campagnes de haine repartent de plus belle, le collaborateur Henriot réclamant sa mort par voie de presse.

 

Jean Zay comparait devant le tribunal militaire de Clermont-Ferrand le 4 Octobre 1940.
Il y est condamné à la déportation à vie ainsi qu’à la dégradation militaire.

Cette condamnation, qui rappelle celle de Dreyfus, transpire la haine et la revanche. Jean Zay est enfermé à la prison de Riom, prisonnier politique qui n’en a pas le statut, il y reçoit régulièrement sa femme Madeleine et ses deux filles, Catherine et Hélène.

Refusant de s’évader, sans doute pour protéger sa famille d’éventuelles représailles, et sûr de son destin, il trouve refuge dans l’écriture.

 

Il consigne ses idées pour le futur, ses réflexions sur sa condition de prisonnier et sur la guerre. Particulièrement sévère vis-à-vis du commandement militaire, à l’image de Marc Bloch et son Étrange défaite. Ce livre, brillant, sans concession,  lucide sur le bilan du front populaire est publié à la libération sous le titre Souvenirs et Solitude. Ses dernières lignes, écrites la veille de son exécution, témoigne de son extrême optimisme : « Je pars plein de bonne humeur et de force. Je n’ai jamais été si sûr de mon destin et de ma route. J’ai le cœur et la conscience tranquilles. Je n’ai aucune peur. J’attendrai comme je le dois dans la paix de ma pensée. »

 

Le 20 juin 1944, trois miliciens se présentent à la prison de Riom. Après avoir extrait Jean Zay de sa cellule, lui ayant laissé entendre qu’ils appartenaient à un réseau de résistance devant le conduire dans le maquis, ils l’abattent à Molles dans l’Allier.

 

Jean Zay n’avait  pas 40 ans.

Ainsi se brise le destin de celui dont Mendès-France dira plus tard, qu’il était voué à une grande carrière politique après-guerre.

 

Son corps n’est retrouvé qu’en Septembre 1946 par des chasseurs dans une forêt près de Cusset. Enterré dans la fosse commune de la ville de Cusset, son corps est exhumé en 1947. Son assassin, le milicien Charles Develle est condamné aux travaux forcés à perpétuité en 1953. Jean Zay est réhabilité à titre posthume le 5 Juillet 1945 par la cour d’appel de Riom. Il est inhumé à Orléans le 15 mai 1948.

 

Entre ici, Jean Zay.

 

Coincée entre les Gaullistes et le martyr des 75 000 fusillés, l’œuvre de Jean Zay est absente des commémorations qui suivent la Libération.

Son œuvre est vaillamment défendue par ses filles et quelques amis, parmi lesquels l’historien Antoine Prost.

Jusqu’au 27 mai 2015.

Ce jour-là, accompagnant Geneviève Anthonioz-De Gaulle et Germaine Tillon, Jean Zay entre au Panthéon.

Soixante et onze ans après son assassinat, au Grand Ministre, la Patrie est enfin reconnaissante. Une reconnaissance pour la gauche aussi. Et pour son œuvre durant la courte expérience du Front Populaire, pendant laquelle elle a démontré sa capacité à « Faire » et à innover, en respectant les valeurs de la République.      

Et pour cette Gauche, il s’agit là d’une leçon universelle : quand elle veut, elle peut.

 

 

Cécilien GREGOIRE

 

 

Bibliographie indispensable :

 

Jean Zay, Écrits de prison 1940-1944, Paris, Belin, 2014.

Jean Zay, Souvenirs et Solitude, Paris, Belin , 2017.

Olivier Loubes, Jean Zay, l’inconnu de la République, Paris,Armand Colin, 2012.

Antoine Prost, Jean Zay et la gauche du radicalisme, Paris, Presse de Sciences- Po, 2003.

Gérard Boulanger, L’affaire Jean Zay, La République assassinée, Paris, Calmann-Lévy , 2003

 

 

 

La France Insoumise pour la planification du dé-confinement

Le Groupe Parlementaire de la France Insoumise est pleinement engagé dans le combat politique en pleine crise sanitaire (qui n’est pas une guerre ), face à l’incurie (pour rester dans les limites de la courtoisie), les 17 députés FI proposent une stratégie claire, précise, basée sur un principe simple: la planification. le confinement n’a pas été préparé (en plus d’avoir été imposé à grands coups d’infantilisation et de répression). il est temps d’en sortir, de façon préparée et non-anxiogène 

 

https://lafranceinsoumise.fr/2020/04/27/coronavirus-planification-du-deconfinement-propositions-du-groupe-parlementaire-lfi/

Les Ratures


De nos jours encore
Les Poètes de sept ans
Se rêvent chercheurs d’Or
Se veulent conquérants
Mais au final ne sont
Que reflets fatigués
Pleurant à l’unisson
Leurs songes déchiquetés.

De nos jours encore
Les Poètes Maudits
Attendent l’Age d’Or
Mi héros. Mi bandits.
Mais au final ne sont
Que silhouettes errantes
De bistrots en grand’places
Et leur gloire les hante
Comme larmes dans la glace.

De nos jours encore
Quelques ombres anonymes
Peuplent les corridors
Arpentent les pseudonymes
Répétant la chanson
De ceux, nés bien trop tard
Dans ce siècle perdu.
Ils ne font que passer
Et les voilà vaincus
Par l’absurde modernité.

De nos jours encore
Sous d’âpres cressons bleus
Quelques toréadors
Qui invoquent les cieux
Envoient aux champs d’horreurs
Une foule d’enfants seuls
Qui, pensant toucher le bonheur
Finissent sous le linceul.

De nos jours encore
D’étranges saltimbanques
Hantent le même décor
Des guichets de banques.
Vivent où ils le peuvent
Si loin des maisons neuves/
Leurs petites amoureuses
Puisque les ventres sont vides
S’en vont. Silencieuses
Sous un ciel livide.

Homme au semelle de vent,
Souvent, je pense à toi.
Qui, des plaines d’Orient
A Bruxelles sous les toits
Vécu cette vie d’absinthe
Et des poches crevées
Cette vie jamais feinte
De trente sept années
Puis vint le grand sommeil
Sur les rives de Marseille.

Bien sur il y eut l’Afrique
Il y’eut l’Abyssinie
Où tu fus maléfique
Tout autant que génie.

De nos jours encore
Des armées de peaux-rouges
Descendent sans remords
Les déliés qui bougent
Jusqu’où iront-ils ?
Pour combien de temps ?
Jusqu’à quelle île ?
Au printemps. Si évident…

De nos jours encore
Quand la ville s’éteint
Quelques traînes poèmes
Ressassent leurs rengaines
En rêvant du Vercors
Leur ambition s’éteint
Meurt la littérature
Ne restent que les ratures.

Bien-sûr. Je me fous des ratures
Arthur.



Avril 2020

A jamais fatigué de dire ce que je pense


En remontant tranquille cette chère rue Lepic
Entre les temps modernes et Paris authentique
Récitant à bas-bruit quelques intimes strophes
Tout là haut. Voila qu m’apostrophe
La mémoire des martyrs, frères de soixante et onze
Et du passe-murailles une statue de bronze.
Je ferai vœu de livre. Je ferai pénitence.

A jamais fatigué de dire ce que je pense…

Vient la rue des Abbesses
Où il m’en souvient. Je fus aimé. Un jour
Quelques soient les idées que le monde professe
Je me garderai bien de sanctifier l’amour.
Encore quelques mètres. Le sommet de la butte
S’accrocher. Retenir la chute.
Plutôt que le mépris. Préférer le silence.

A jamais fatigué de dire ce que je pense…

A jamais fatigué de dire ce que je pense
Pour l’amour. Pour la vie. Et même pour la France
Quand l’histoire toujours semble donner raison
Aux poètes. Aux fous. Aux faiseurs de chansons.

A jamais fatigué de dire ce que je pense.
Quand chacun des combats menés tambours battants
S’abîment sur les rochers de la désespérance
Les uns après les autres, pleurent les militants.

Vieillir. Seul. Mais debout. Avec sa conscience
Sans compromis aucuns avec ses promesses
Qu’importe alors que le monde nous connaisse
A jamais fatigué de dire ce que l’on pense…


Avril 2020

Merci! Bonsoir…



En quelle journée. En quelle saison ?
Fermerai-je la porte ? Quitterai-je la maison ?
Ce sera un jour clair qui passera bien vite
J’irai voir mes amis. J’irai voir mes amours. Et chacun à leur suite
Je leur dirai : « Il «est l’heure, ce soir
Merci!Bonsoir … »

Emportant avec moi le strict minimum
Je m’en irai à pied. Pour Papeete. Pour Rome
Tout au fond de ma poche un livre fatigué
De ce cher Aragon le Roman Inachevé
Sur n’importe quel banc. J’attendrai. Dans le noir
Et à tous les passants je leur dirai : « Merci ! Bonsoir… »

Défileront les copains. Passeront les camarades
Reprenant tous en chœur et à la cantonade
Nos chants inachevés pour balayer l’hiver
Je ne me lèverai pas. Mais soufflerai mes vers
Car ma confiance en l’homme s’étiole chaque soir
Alors pour la suite. Non Merci et bonsoir…

Puis je m’exilerai sur une île à l’eau bleue
Si Vendredi n’y est pas, cela sera tant mieux
Vivant parmi les Esprits. Et parmi les poissons
Gouter enfin la joie d’être Robinson.
Que passe un bateau. Comme un signe d’espoir.
Je lui dirai : «Je reste. Merci!Bonsoir… »

Je dormirai tranquille. Peu importe l’endroit
Dans un hamac fait de deux planches de bois
Si par un grand hasard les honneurs me rattrapent
Ils seront chassés. Enfouis sous la nappe
Je suis trop exigeant pour accepter la gloire…
Merci!Bonsoir…



Avril 2020

Ca Passera

Ils me disaient:çà passera
Un jour où l’autre, tu renieras
Renonceras à la fureur
Au tumulte et à la clameur
Tu balaieras tes idéaux
En remisant tes drapeaux.

Ils me disaient:n’y songe plus
Où bien tu finiras reclus
Sans avoir goûter au Grand Soir
Étouffé par le désespoir
Et verras s’effondrer tes rêves
Malgré les poings qui se lèvent.

Ils me disaient : Ça passera
Puis un jour tu en reviendras
Souviens-toi des désillusions
Qui naquirent des révolutions.

J’ai vieilli. Tout va bien. Merci
De vous être fait tant de soucis
Le Rouge me va toujours très bien
Parmi mes frères plébéiens.

Bien-sûr, il arrive parfois
De douter. De perdre la foi.
Quand un soir de mars ou d’avril
S’expriment les suffrages imbéciles.

Mais ma promesse est éternelle
Depuis ce soir de Noël
Je m’y tiens. Comme je peux.
Même quand mon âme s’emplit de bleus

Certes il y eut des reniements
Et des copains qui abandonnent
Il arrive toujours un moment
Où l’on doute du cœur des hommes

De ces jours désespérants
Où l’on se sent si fatigués
A se vouloir trop militant
Et nous voilà désabusés…

Soudain la flamme se rallume
Elle est là. Elle surplombe. Elle luit.
Pour éviter qu’elle ne se consume
A nouveau, alors, on la suit.

Alors jusqu’à mon dernier souffle
Vous pourrez dire : Çà passera
S’il se peut que je m’essouffle
Je continuerai le combat.

Avril 2020

Les Recoins de l’Ombre

S’il vous plaît. Merci de tirer le rideau
Je ne suis pas venu afficher mon fardeau
Faites un pas de côté. Prenez si vous voulez
Toute la scène et même plus
Faites un pas en avant. Prenez si vous voulez
Des heures de gloires en plus.
Laissez-moi je vous en conjure
Occuper les recoins de l’Ombre
Ne me faites pas la triste injure
De m’épauler dans la pénombre.
Prenez la place qui vous sied
Dans la longue file des médailles
Et laissez moi renter à pied
Jusqu’à l’heure de mes funérailles
Je n’ai pas besoin des honneurs
Que confèrent les belles personnes
Et préfère que l’on m’abandonne
Sur le chemin des randonneurs
Avec mes vers sans illusions
Sans aucunes décorations.

Il se peut qu’un jour sans prudence
On m’octroie une récompense
Je ne dirais que quelques mots :
« Merci. Au revoir. A bientôt »
N’étant pas né pour les éloges
Mais plutôt pour suivre l’horloge.
Comme Tonton Georges et se trompettes
Je ne suis rien d’autre qu’un poète
Dont les vers ont peu d’importance
Au regard de l’Histoire de France.

Le temps de mettre un point final
A mon œuvre pourtant minimale
Que passent les années sans malus
Je me ferai Cincinnatus
N’ayant pour moi que mon orgueil
Qui me surveille du coin de l’œil.

Laissez-moi je vous en conjure
Occuper les recoins de l’Ombre
Ne me faites pas la triste injure
De m’épauler dans la pénombre.

Avril 2020

Les Aires du Silence

Comment ? Que je parle plus fort ?
Que je parle seulement m’est un terrible effort.
Parler pour ne rien dire n’est pas mon habitude
J’aime mieux cultiver mes fleurs de solitude
Dans le jardin tranquille de mes mots alignés
Arrosant à l’envie des pages assignées
Où s’échouent mes combats. Mes rires. Et mes larmes.
Pacifiste inconnu dont le stylo est l’arme.

Écrire ! Ecrire encore. Tel un tribun des lettres
Mais ne rien dire. Jamais. Le regretter. Peu-être.

Ne rien dire. Simplement composer
A s’en brûler les doigts. Et puis se reposer.
Passer des nuits entières à chercher quelques rimes
Pendant que dort. Tranquille. Au sommeil des sublimes
Une femme semblable au Paradis Perdu
Que j’aimerai. Sans détour. D’un amour éperdu.

Écrire ! Écrire encore. Moderne Cyrano.
Et puis savoir se taire. Comme se taisent les pianos
Quand leurs cordes connaissent les affres de la brisure
Écrire. Écrire encore!N’avoir comme masure
Qu’une pièce sans lumière. Un bureau ridicule
Qu’importe le flacon. Un réduit minuscule
Pourvu qu’on ait l’ivresse d’enfin toucher au but
Même si notre art de vivre nous mène au rebut.
Dans n’importe quel bistrot fuir la compagnie
Soigner à coup houblon sa mégalomanie
Ne répondre aux questions que du bout du regard
Prendre des coups. Tomber. Se relever. Hagard..
Se regarder en face. Se trouver encore pire.
Puis soudainement s’aimer. S’aimer à se relire.
Se trouver formidable. Mais le garder pour soi.
On se lève. On se montre. Et puis l’on se rassoit.

Écrire ! Écrire encore. Au point de disparaître
Ne rien dire. Jamais. Au risque de paraître
Un peu hors des sentiers. Comme marchand dans le vide
Mais tout voir. Tout comprendre. Voyant extralucide.

Toujours se réfugier sur les aires du silence
Écrire !Écrire encore. Comme on fait pénitence.

Pouvoir. Mieux que quiconque. Traverser les saisons
Car le poète, vois-tu, a toujours raison.


4 Avril 2020


Le Déluge



Les Cieux sont habillés de Bolduc iroquois
Et mes larmes semblables aux fleuves infinis
Je pagaie. A l’envers. Évitant les carquois
Tandis que nos étoiles ne sont plus que croquis.

Les dunes déchirées par un soleil amer
Pleurent nos cœurs fracassés. Sur des rochers en Deuil
De l’Authie à Malo se retire la mer.
Souvenirs et serments finissent en cercueil.

Tous les oiseaux désertent nos plages hebdomadaires
Tandis qu’aux équinoxes les plages se souviennent
De nos promesses bleues qui sont restées en l’air
Quand nos corps s’alarmaient à l’abri des persiennes

Et tu lâchas ma main un soir d’hiver banal
Sur un trottoir froid comme le furent tes mots
Et me voici. Perdu. Me demandant quel mal
Fit craquer notre amour comme un simple rameau.

Et je garde en mémoire.
Ta blondeur innocente. Le chant des goélands.
Le cours de notre Histoire
Nos vers à deux voix. La danse des cerfs-volants…

Et j’écris. Et je pleure.
N’est-ce point la même chose ?
Car l’on peut créer lorsque la vie est rose…
Et j’écris. Et je pleure.
Terré en mon refuge

Après Toi…Le Déluge…

Mars 2020

Caroline Fourest : "Je ne suis pas sûre que Monsieur Taché ait lu mon livre"

Je viens de finir Génération Offensée (plaisir du confinement, la lecture…)
Je vous le recommande fortement, amis, lecteurs, et camarades.
C’est sur cette ligne là que la Gauche se relèvera et que notre Patrie échappera à la guerre civile.

Ma Gauche à moi

Caroline Fourest

L’Express, Thomas Mahler, 
La journaliste et réalisatrice française Caroline Fourest, le 21 septembre 2019 lors du festival du film de Gouna en Egypte.

La journaliste et réalisatrice française Caroline Fourest, le 21 septembre 2019 lors du festival du film de Gouna en Egypte.

afp.com/Ammar Abd Rabbo

L’auteure de « Génération offensée » répond avec virulence au député LREM Aurélien Taché, qui l’a accusée d’entretenir une « position réactionnaire ».

Dans les meilleures ventes en librairies, Génération offensée (Grasset) est aussi l’essai qui suscite le plus de débats en ce moment. Féministe universaliste et figure de la gauche républicaine, Caroline Fourest y déplore que la jeunesse, qui en mai 68 ne rêvait que d’un monde où il serait « interdit d’interdire », privilégie aujourd’hui la censure et la culture de l’offense. Une position qui a fait bondir le député Aurélien Taché, représentant l’aile gauche de LREM. « Caroline Fourest dit que cette jeunesse ne rêve que d’interdire, alors qu’elle ne rêve en fait que de tout dire. Valoriser les combats…

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