Exercice de style pour te dire combien je t’aime

Pour te dire combien je t’aime
Combien mon cœur tu défriches
Il faudra mieux qu’un poème
Une improbable collection de pastiches

Comme le bon maitre de Saint-Chef
Je pléonasme, je néologise, je romance
Je rabelaise, je tortille l’écritance
Si tu me demandes si je t’aime
Je branle le chef (qui n’attends que çà)
Pour te dire combien je t’aime

– C’est tout ?
– Euh oui
Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… oh ! Dieu ! … bien des choses en somme
Célinien : « Avec tézigue j’aime qu’on pratique l’amourerie, le grand, le pur sucre, l’amour populo, celui des apaches, celui des aminches »
Sartrien : « Les autres, oui c’est cela les autres. L’enfer, l’ignorance, la bêtise. Avec la Classe j’ai raison. Et toi je t’aime. Je t’aime toi. Je n’aime pas les autres. Tu es mon Saint-Germain des prés

Baudelairien : « La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Et déversait a plein son lot d’insignifiants
Souriante, majestueuse, un peu affolée
Prés de moi tu passas, ainsi coloriant
Mon ciel. Agile et noble avec ta jambe de statue.
Je rêvais qu’ensemble nous partagions le plaisir qui tue
Un éclair… puis la nuit. Et tu dus t’en aller.
Et je te vis lentement disparaitre
Te rêverai-je avant l’éternité ?
Demain, plus tard peut-être
Car tu sus ou j’allais, je sus ou tu fuyais
O toi que toujours j’aimais, ô toi qui le sais. »

Hugolien : « De nouveau mes yeux vagues regardent vers les tiens
O mon exil, mon ile de Jersey, mon châtiment
Est d’être loin de toi, ô si loin des miens
La France c’est moi, comme elle je t’aime tellement
Je triompherai seul de tous ces tous petits
Je châtierai de mes lignes les infâmes
Rétablirai la République qui me réclame
Et je reviendrais, paré de mes nobles habits
Sur toi je régnerai comme sur Rome Caracalla
Et s’il n’en reste qu’un, je serais celui-là ! »

Eluardien : Sur le temps qui passe
Sur l’orange bleue
Sur l’enfance disparue
J’écris ton nom
Sur l’espoir retrouvé
Sur les combats qui se lèvent
Sur l’amour que je te porte
J’écris ton nom
Sur le feu et sur l’eau
Sur tout et son contraire
Sur mes envies
J’écris ton nom
Et j’ai cette chance que tu sois ma
Liberté

Bien sur Cornélien : « O rage ! Ô désespoir !ô mon amour ma mie
Ne t’ai-je tant aimé que pour ton infamie
Pourquoi te mets-tu donc à autant récrier
Que pour voir en un jour flétrir tant de laurier
Tes yeux que bien plus que l’Espagne j’admire
Ses yeux qui souvent furent mon seul Empire
O Cruel souvenir de ma gloire passé
Je veux croire que tu ne l’as pas effacée
Que tu sois encore prête à mon bonheur
Mon haut rang n’admet point un homme sans honneur
Percé jusqu’au fond du cœur
De mon bel amour imprévu, immortel
Et malheureux objet d’une injuste rigueur
Pour une Chimène toute nouvelle.
O dieu l’étrange peine
Pour te dire combien je t’aime »

Rimbaldien : « C’est un trou de verdure où le soleil se lève
Accrochant follement aux arbres des étoiles
Filantes. Brillantes comme tes lèvres
C’est un petit val semblable à une toile
Une jeune fille, belle, cheveux d’or
Et la nuque baignant dans les frais cressons verts
Est étendue la, dans l’herbe. Dort
Pale, sous le soleil ouvert
Le nez dans les tilleuls tu dors. Souriante comme
Une princesse sur un cheval blanc. Tu fais un somme
De mon regard je te berce tendrement. Je surveille ta peine
Pour te dire combien je t’aime. »

Aragonien : « Elsa. Tu pourrais te nommer
Heureux celui qui meurt de t’aimer
Et de t’aimer toujours j’en connais la souffrance
Comme à son miroir connut le noble peuple de France
Ce beau garçon, bel innocent qui croyait au ciel
Et celui qui n’y croyait pas
Elsa. Tu pourrais être elle
Je pourrais t’aimer tout bas. »

Verlainien : il pleut dans mon cœur
Comme il pleut sur la mer
Serai-ce ta douceur
Qui pénètre mon cœur ?

O doux bruit de la pluie
Qui me ramène vers toi
Toi dont le cœur s’enfuit
O le chant de la pluie.

Il pleure avec raison
Mon cœur
Quoi ! Serai-ce déraison
De pleurer sans raison
Non je n’ai point de peine
Et je sais bien pourquoi
Je n’ai point de haine
Tellement je t’aime

Lamartinien : « ainsi toujours poussé vers de nouveaux visages
A la recherche des beaux jours
N’ai-je pas sur l’océan de la fleur de l’âge
Croisé le grand amour ?

O temps suspends ton vol
Et temps, supplice
Suspends ton cours
Laisse-moi savourer les rapides délices
De mon plus bel amour

Aime-moi ! Aime moi donc ! De nos envies éruptives
Hâtons nous, jouissons !
Puisque l’homme n’a point de port, le temps n’a point de rives
Il coule ; et nous nous aimons

Ect…

© Cécilien GREGOIRE Octobre 2012

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