Hiver Plongeant

 

Pour Floréal,
en souvenirs de nos soirées rimbaldiennes.
Et en prévision de celles qui viennent

Dans le froid mal habillé
De cet hiver plongeant
Nous marchons, désœuvrés
Au rythme déplaisant
Des amours cascadées
Par-dessus l’océan

Blondes sont les plaisirs
Qui coulent dans les ruisseaux
De nos gorges fakirs
À la place de l’eau.
Nous absorbons cul-sec
De grand-crus désespoirs
Que ces de blanc-becs
Raillent matins et soirs

Le temps de remonter la source
Nous ouvrons une nouvelle brèche
Chantant en chœur sous la grande ourse
Replongeant dans la rivière fraîche
Le long des courants de l’ivresse
Cherchant un remède à la vie
La nuit nous prête sa veste
Tel un canot de survie
Et titubent nos enfances.
Tu m’écoutes m’épancher
Sous les voûtes du silence
Et me laisse pleurer
Pour la centième fois
Mes dix ans encerclés
Mes regrets d’autrefois

La nuit, cette acropole pour débauchés
N’en finit pas de nous guider
Vers des combats dans la pénombre
Vers des rires dans les décombres

Tu m’as sauvé des nœuds coulants
Des rêves de gloire agonisants
Et nous déambulons sur cette île de bitume
Quartier de notre enfance à jamais dans la brume.
Tu m’as sauvé des tranchées
Où, soldat inconnu
Des guerres de l’amour
Je fus comme emmurer
Par le sable des jours.
Nous flottons lentement
Sur le trottoir qui flanche
Et voguons tranquillement
De samedi en dimanche.
Nos révolutions s’amoncellent
Au gré des verres qui s’entassent
Et nos espoirs éternels
Finissent toujours à marée basse.
Sous les auspices de Bacchus
Nous passons de comptoirs en comptants
Trinquant avec Arthur, Paul et Gracchus
De sourires arrangés en rhumes arrangeants.

Terre ! Terre ! Où nous accrocher
Pour rire encore tant qu’il est temps
Avant la lumière frelatée
Du monde des adultes frelaté
Rhabiller le bonheur, où ce qu’il en reste
Comme on regarde passer les jours
Des étoiles, s’en faire une veste
Où crier nos malamours

Bientôt, sans-doute ne serai-je plus moi
Ni bien sur personne d’autre
Continuerai à traverser les jours et les mois
À me rêver beau dans les yeux d’une autre
Les yeux fermés sur tous mes rêves

Peut-être ma vie sera-telle brève
Il poussera toujours des souvenirs
S’il ne doit plus pousser d’avenir
Sers-moi ! Sers-moi ! Tant et tant
Des milliers d’hivers plongeants

© Cécilien GREGOIRE

Février-Avril 2015

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