La leçon de Jean Zay -Reconstruire –

Article Orignal sur le site de Reconstuire.

La leçon de Jean Zay

 

 

 

 

Il est des hommes dont le destin brisé hante l’Histoire.

Des hommes dont la lumière s’est éteinte trop tôt.

Des hommes dont l’ombre plane encore sur une patrie vacillante.

Des martyrs républicains  que les livres d’histoire ont longtemps occultés.

Jean Zay était de ceux-là.

 

Député à 27 ans.

Secrétaire d’État à 31.

Ministre à 32.

Assassiné à 40.

L’ascension de Jean Zay fut fulgurante. Sa carrière brillante. Son action intense et efficace.  Sa fin tragique. Son souvenir brûlant.

 

Portrait d’un homme qui voua sa vie à la République jusqu’à en mourir. Et leçon pour une Gauche en quête de repères.

 

Un engagement Républicain et intellectuel

 

Né à Orléans en 1904, d’un père juif Alsacien et d’une mère institutrice protestante, Jean Zay est très vite influencé par les idées républicaines. Bachelier brillant, le voilà d’abord devenu journaliste puis avocat au barreau d’Orléans à seulement 24 ans.

C’est à la même époque qu’il entre au Parti Radical, alors parti le plus puissant à Gauche, foncièrement laïque, républicain et patriote. Il est élu député du Loiret en 1932.

Il y côtoie Pierre Mendès-France.

Les deux hommes se lient rapidement d’une amitié aussi solide que la haine qu’ils inspirent de la part de leurs adversaires politiques.

Farouchement patriote et antifasciste, Jean Zay, partisan de l’union à gauche parvient à rallier à sa cause Édouard Herriot et la majorité du Parti Radical lors du Congrès de 1935, dont il est le rapporteur.

 

Le Front Populaire est né.

 

Porté par la vague, Jean Zay est réélu député en Mai 1936. Le 4 Juin de la même année il est nommé ministre de l’Éducation Nationale et des Beaux-Arts.

A 32 ans, il devient le plus jeune ministre de la IIIe République. Ministre sous cinq gouvernements successifs, il détient le record absolu à ce poste sous la IIIe République, soit trente-neuf mois.

 

Le Grand ministère

 

A la tête du ministère de l’Éducation Nationale, auquel furent rattachés le Secrétariat d’État de la Jeunesse et des Sports, ainsi que celui de la Recherche, Jean Zay tente de mener une politique ambitieuse mais parfois contrariée, que ce soit par la frilosité de ses amis ou par l’opposition conservatrice du Sénat.

 

Par la Loi du 9 août 1936, il porte l’obligation de scolarité à 14 ans, contre 13 ans auparavant.


Son action est guidée par l’ambition de démocratiser le système éducatif français, dans la continuité des Lois Ferry. En effet, si depuis la Loi du 28 Mars 1882, l’école de la République est gratuite et obligatoire, elle n’est pas accessible à tous. Jean Zay exprime sa vision en ces termes : 

« La justice sociale n’exige-telle point que, quel que soit le point de départ, chacun puisse aller dans la direction choisie aussi loin et aussi haut que ses aptitudes le lui permettront ? »

(Exposé des motifs du projet de réforme de l’enseignement / 5 mars 1937)

 

Ce projet ambitieux, qui préfigure notre système éducatif organisé en trois degrés, ne voit pas le jour du fait de l’opposition du Sénat, mais sera repris en partie à la Libération.

Bloqué par le Parlement dans ses velléités de réformes, Jean Zay légifère par décrets ; il développe alors les activités dirigées, réorganise les directions, donne au premier et au second degré un programme identique, met en place les loisirs dirigés dans le secondaire, encourage Célestin Freynet, développe les bourses d’études, crée les cantines scolaires, met en place des classes de 6e d’orientation, et encourage par circulaire ministérielle l’enseignement de l’espéranto dans le cadre d’activités socio-éducatives.

Dans Souvenirs et Solitude, Jean Zay explique ainsi le sens de ses réformes :

«Il s’agissait, là comme ailleurs, d’éveiller les aptitudes et la curiosité des élèves, d’ouvrir plus largement à la vie le travail scolaire, de familiariser l’enfant avec les spectacles de la nature et de la société, de lui faire connaître l’histoire et la géographie locale, et de remplacer, comme dit Montaigne, le savoir appris par le savoir compris.»

 

Jean Zay expérimente d’ailleurs l’Éducation Physique et Sportive à l’école, dont il veut faire un outil d’émancipation et de libération de l’individu.

 

Comme Secrétaire d’État à la Recherche, il participe à la fondation du CNRS en Octobre 1939. A l’aide de Jean Perrin, il développe Palais de la Découverte, construit pour l’Exposition internationale de 1937.

 

En 1938, il imagine un projet de réforme pour la haute fonction publique, conscient qu’il faut démocratiser l’accès aux postes les plus hauts, par un recrutement dans le cadre d’une  formation publique, ouverte à toutes les classes sociales et non plus à l’intérieur d’une élite fermée. C’est ainsi qu’il crée l’ENA, dont la naissance effective aura lieu à la Libération, le projet s’étant une fois de plus heurté au refus des sénateurs.

 

Ministre des Beaux-Arts, Jean Zay a pour ambition de rendre la culture accessible à tous. 

Il rénove la Comédie française, en nommant Edouard Bourdet administrateur, entouré de quatre metteurs en scène novateurs: Gaston Baty, Jacques Copeau, Charles Dullin et Louis Jouvet.

Le Ministre Zay participe à la création des grands musées parmi lesquels le musée de l’Homme ou le musée d’Arts Modernes.

 

Jean Zay prévoit aussi un plan de soutien au cinéma par la création de la Cinémathèque Française. Pour lutter contre l’influence fasciste de la Mostra de Venise, il crée le Festival de Cannes dont la première édition prévue en 1939 ne peut avoir lieu pour cause de déclaration de guerre.

 

Il est également à l’origine d’un projet de loi visant à soutenir les auteurs, mais ce projet se heurte aux éditeurs. Jean Zay crée également les bibliobus.

 

Laïque et sensible à la question de la neutralité, le Ministre Zay, promulgue deux circulaires importantes: l’une du 31 décembre 1936 portant sur l’absence d’agitation politique dans les établissements scolaires; l’autre, du 15 mai 1937 interdisant le prosélytisme religieux, loi qui précise que : « L’enseignement public est laïque. Aucune forme de prosélytisme ne saurait être admise dans les établissements ».

 

Volontariste et résolument moderne, l’œuvre législative de Jean Zay a profondément marqué le Front Populaire. Il a déjà accompli beaucoup en moins de quatre ans, construit une œuvre politique et définit des orientations dont la majorité sont demeurées et ont été confortés dans le futur. Mais le grand ministre ’est pas allé jusqu’au au bout de ces immenses ambitions de construction et de réformes en matière culturelle et d’éducation, stoppé en plein vol par la défaite et l’occupation.

 

« Je vous Zay »

 

De gauche, Républicain, Laïque, franc-maçon d’origine juive, Jean Zay fut, dès le commencement de sa carrière politique la cible d’attaques incessantes de l’extrême-droite. Anti-Munichois farouche, partisan inconditionnel d’une intervention de soutien aux Républicains espagnols, il est régulièrement attaqué par tout ce que la France compte d’élus et de plumes antisémites. De Jouhandeau à Maurras, de Céline aux journaux tels Gringoire ou l’Action Française, tous tirent à vue sur le « juif Zay ».

Céline écrit en 1937 dans l’École des Cadavres : « Vous savez sans doute que sous le haut patronage du négrite juif Zay, la Sorbonne n’est plus qu’un ghetto. Tout le monde le sait » et d’ajouter un peu plus loin un jeu de mot aussi terrible qu’immortel : « Je vous Zay ».

 

Marcel Jouhandeau, lui, écrit dans Le Péril Juif « Monsieur Jean Zay, un juif, a entre les mains l’avenir vivant de ce pays ».

 

Quand l’extrême-droite n’attaque pas le « Juif Zay », elle prend pour cible celui qu’elle considère comme un mauvais patriote, prenant comme prétexte un pamphlet de jeunesse intitulé Le Drapeau (texte antimilitariste) écrit en 1924 et publié dans un journal pacifiste. Ce texte, qui n’est qu’un pastiche, sera tout au long de la vie de Jean Zay et même après sa mort, utilisé contre lui par les thuriféraires de la revanche.

 

 

La République assassinée

 

Survient la guerre.

En tant que membre du gouvernement, Jean Zay n’est pas mobilisable.

Il démissionne pourtant de son poste de ministre et s’engage dès la déclaration de guerre, le 3 Septembre 1939. Sous-lieutenant, il rejoint Bordeaux en juin 1940 avec l’autorisation de ses supérieurs, afin de participer aux sessions gouvernementales. Le 20 juin, il s’embarque sur le paquebot Massilia en compagnie notamment de Pierre Mendès-France et Georges Mandel.  Au total ce sont vingt-sept parlementaires qui rejoignent le Maroc, dans le but d’y continuer le combat. Le 15 juin, trahi par le gouvernement en exil, Jean Zay est arrêté à Casablanca pour désertion devant l’ennemi. Le 20 août  1940, il est incarcéré à la prison de Clermont-Ferrand.

Les revanchards réclament sa tête, et à travers lui celle de la République. Les campagnes de haine repartent de plus belle, le collaborateur Henriot réclamant sa mort par voie de presse.

 

Jean Zay comparait devant le tribunal militaire de Clermont-Ferrand le 4 Octobre 1940.
Il y est condamné à la déportation à vie ainsi qu’à la dégradation militaire.

Cette condamnation, qui rappelle celle de Dreyfus, transpire la haine et la revanche. Jean Zay est enfermé à la prison de Riom, prisonnier politique qui n’en a pas le statut, il y reçoit régulièrement sa femme Madeleine et ses deux filles, Catherine et Hélène.

Refusant de s’évader, sans doute pour protéger sa famille d’éventuelles représailles, et sûr de son destin, il trouve refuge dans l’écriture.

 

Il consigne ses idées pour le futur, ses réflexions sur sa condition de prisonnier et sur la guerre. Particulièrement sévère vis-à-vis du commandement militaire, à l’image de Marc Bloch et son Étrange défaite. Ce livre, brillant, sans concession,  lucide sur le bilan du front populaire est publié à la libération sous le titre Souvenirs et Solitude. Ses dernières lignes, écrites la veille de son exécution, témoigne de son extrême optimisme : « Je pars plein de bonne humeur et de force. Je n’ai jamais été si sûr de mon destin et de ma route. J’ai le cœur et la conscience tranquilles. Je n’ai aucune peur. J’attendrai comme je le dois dans la paix de ma pensée. »

 

Le 20 juin 1944, trois miliciens se présentent à la prison de Riom. Après avoir extrait Jean Zay de sa cellule, lui ayant laissé entendre qu’ils appartenaient à un réseau de résistance devant le conduire dans le maquis, ils l’abattent à Molles dans l’Allier.

 

Jean Zay n’avait  pas 40 ans.

Ainsi se brise le destin de celui dont Mendès-France dira plus tard, qu’il était voué à une grande carrière politique après-guerre.

 

Son corps n’est retrouvé qu’en Septembre 1946 par des chasseurs dans une forêt près de Cusset. Enterré dans la fosse commune de la ville de Cusset, son corps est exhumé en 1947. Son assassin, le milicien Charles Develle est condamné aux travaux forcés à perpétuité en 1953. Jean Zay est réhabilité à titre posthume le 5 Juillet 1945 par la cour d’appel de Riom. Il est inhumé à Orléans le 15 mai 1948.

 

Entre ici, Jean Zay.

 

Coincée entre les Gaullistes et le martyr des 75 000 fusillés, l’œuvre de Jean Zay est absente des commémorations qui suivent la Libération.

Son œuvre est vaillamment défendue par ses filles et quelques amis, parmi lesquels l’historien Antoine Prost.

Jusqu’au 27 mai 2015.

Ce jour-là, accompagnant Geneviève Anthonioz-De Gaulle et Germaine Tillon, Jean Zay entre au Panthéon.

Soixante et onze ans après son assassinat, au Grand Ministre, la Patrie est enfin reconnaissante. Une reconnaissance pour la gauche aussi. Et pour son œuvre durant la courte expérience du Front Populaire, pendant laquelle elle a démontré sa capacité à « Faire » et à innover, en respectant les valeurs de la République.      

Et pour cette Gauche, il s’agit là d’une leçon universelle : quand elle veut, elle peut.

 

 

Cécilien GREGOIRE

 

 

Bibliographie indispensable :

 

Jean Zay, Écrits de prison 1940-1944, Paris, Belin, 2014.

Jean Zay, Souvenirs et Solitude, Paris, Belin , 2017.

Olivier Loubes, Jean Zay, l’inconnu de la République, Paris,Armand Colin, 2012.

Antoine Prost, Jean Zay et la gauche du radicalisme, Paris, Presse de Sciences- Po, 2003.

Gérard Boulanger, L’affaire Jean Zay, La République assassinée, Paris, Calmann-Lévy , 2003

 

 

 

La France Insoumise pour la planification du dé-confinement

Le Groupe Parlementaire de la France Insoumise est pleinement engagé dans le combat politique en pleine crise sanitaire (qui n’est pas une guerre ), face à l’incurie (pour rester dans les limites de la courtoisie), les 17 députés FI proposent une stratégie claire, précise, basée sur un principe simple: la planification. le confinement n’a pas été préparé (en plus d’avoir été imposé à grands coups d’infantilisation et de répression). il est temps d’en sortir, de façon préparée et non-anxiogène 

 

https://lafranceinsoumise.fr/2020/04/27/coronavirus-planification-du-deconfinement-propositions-du-groupe-parlementaire-lfi/

Caroline Fourest : "Je ne suis pas sûre que Monsieur Taché ait lu mon livre"

Je viens de finir Génération Offensée (plaisir du confinement, la lecture…)
Je vous le recommande fortement, amis, lecteurs, et camarades.
C’est sur cette ligne là que la Gauche se relèvera et que notre Patrie échappera à la guerre civile.

Ma Gauche à moi

Caroline Fourest

L’Express, Thomas Mahler, 
La journaliste et réalisatrice française Caroline Fourest, le 21 septembre 2019 lors du festival du film de Gouna en Egypte.

La journaliste et réalisatrice française Caroline Fourest, le 21 septembre 2019 lors du festival du film de Gouna en Egypte.

afp.com/Ammar Abd Rabbo

L’auteure de « Génération offensée » répond avec virulence au député LREM Aurélien Taché, qui l’a accusée d’entretenir une « position réactionnaire ».

Dans les meilleures ventes en librairies, Génération offensée (Grasset) est aussi l’essai qui suscite le plus de débats en ce moment. Féministe universaliste et figure de la gauche républicaine, Caroline Fourest y déplore que la jeunesse, qui en mai 68 ne rêvait que d’un monde où il serait « interdit d’interdire », privilégie aujourd’hui la censure et la culture de l’offense. Une position qui a fait bondir le député Aurélien Taché, représentant l’aile gauche de LREM. « Caroline Fourest dit que cette jeunesse ne rêve que d’interdire, alors qu’elle ne rêve en fait que de tout dire. Valoriser les combats…

Voir l’article original 1 653 mots de plus

Chronique des Jours Heureux. Désirs de France… Insoumise…

N’engage que moi

 

MAJ du Lundi 3 Février 2020. La prise de position récente de Ségolène Royal sur l’affaire Mila affaiblit considérablement sa position de recours républicain pour 2022. Sa mise au point ce jour clarifie néanmoins la situation même si la vigilance est de mise.

Il apparait de plus en plus clairement que Ségolène Royal songe à 2022. Ses récentes déclarations. Ses prises de positions contre la politique du gouvernement. Les attaques répétées dont elle fait l’objet depuis quelques semaines (cas de Lawfare qui n’est pas sans en rappeler un précédent …) ne laissent planer que peu de doutes.

Certes Ségolène Royal n’est pas une révolutionnaire. Certes, certaines de ses positons sont discutées et discutables. Certes, il lui aura fallu du temps pour ouvrir les yeux sur « Le Nouveau Monde ». Mais elle a pour elle une certaine idée de la France qui n’a jamais variée depuis l’élection présidentielle accompagnée d’une assise populaire certaine. Les réactions à ses dernières sorties médiatiques en sont une preuve supplémentaire.

De son coté, Jean-Luc Mélenchon n’a pas annoncé s’il serait candidat ou non. Certes il aura 71 ans au moment de l’échéance. Certes depuis le 22 Avril 2017, la liste des erreurs politiques du militant Mélenchon tend à effacer celles du candidat Mélenchon. L’affaiblissement du mouvement, lié aux compromissions avec le communautarisme, l’abandon (provisoire semble-t-il) de la ligne républicaine et d’une laïcité intransigeante, pourrait laisser croire à la mort politique de Jean-Luc Mélenchon. Deux remarques donc.  Primo en politique, personne n’est jamais mort. Deuxio, malgré tous les griefs évoqués ci-dessus, il n’y a pas aujourd’hui en France de candidat plus brillant, plus cultivé et ayant autant le sens de l’histoire, que le député des Bouches-du-Rhône.

Deux candidats donc. Pour qui le calcul est simple. Entre Macron et Le Pen, il y a une place à prendre. Pour sauver la République. Pour refaire de la France une grande Nation, souveraine, libre, indépendante. Pour sauver le modèle social hérité de la libération, rendre gloire au CNR. Un chemin existe donc entre l’extrême-centre autoritaire et l’extrême-droite ethniciste. Celui du socialisme Républicain.

Mais ce chemin est étroit.

Deux candidatures, ce serait sûrement une de trop. Alors bien sûr, on ne peut envisager Ségolène Royal portant le programme l’Avenir en Commun. On ne peut envisager Jean-Luc Mélenchon portant un projet social-démocrate. Mais on peut, sans passer ni pour des renégats, ni pour des utopistes, imaginer un programme de gouvernement commun, une entente formelle sur des points clefs (écologie, services publics, laïcité…) afin d’envisager les Jours Heureux.

Certes, la question européenne, tout comme celle de la VIe République seront à l’évidence des points de tensions. Mais en politique, romantisme et négociation ne sont pas incompatibles.

En tant que militant des jours Heureux, je n’ose imaginer que 2022 rejoue le match de 2017 et que notre Patrie continue de s’enfoncer dans la nuit.

C’est pourquoi j’espère un rapprochement.

Celui-ci n’aura surement pas lieu.

Mais on ne sait jamais.

 

1 Février 2020

Menaces contre Mila : non, Madame Belloubet il n’y a pas de délit de blasphème – Benoit Schneckenburger – Le Parti de Gauche

 

Suite au harcèlement et aux menaces de mort que subit Mila, la ministre de la justice devrait mobiliser tous les moyens de L’État pour la protéger. Nicole Belloubet a pourtant réagi sur Europe 1 et affirmé que « L’insulte à la religion c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience, c’est grave ».

Non, en France il n’y a pas de délit de blasphème, et la critique, même virulente, de toutes les religions ou croyances demeure un droit inaliénable. La liberté de conscience, garantie par la Constitution et la loi de 1905 font partie du socle républicain.

Le parti de gauche demande que la justice poursuive les personnes qui ont menacé de mort Mila. Le parquet de Vienne doit revenir sur sa décision d’ouvrir une enquête contre Mila, sous prétexte d’une prétendue insulte à religion. madame Belloubet devrait donner des instructions en ce sens au parquet au lieu d’incriminer la victime.

Chronique des Jours Heureux-Le Principe de Réalité

Réalistes. Soyez réalistes! Nous enjoignent-ils tous la bouche en cœur et la main sur la bourse. Car bien sur, les réalistes se sont eux. Ils ne savent rien des fins de mois difficiles, rien des infirmières qui galèrent, des enseignants qui pleurent, rien de la pauvreté des enfants, rien de la précarité qui touche dorénavant ceux qui ne s’y attendaient pas. Rien du sentiment de déclassement des classes moyennes, rien des angoisses des classes populaires. Les Gilets Jaunes? Circulez! La défense des Services Publics? Circulez! La sauvegarde du système de retraites par répartition? Circulez! L’Héritage du CNR? Circulez! ! La République? Circulez! Le  droit de grève? Circulez.

Il n’y a pas d’alternative, citoyens, martèlent-ils. Leur langue est celle de la start-up Nation, leur vocabulaire celui de la finance internationale, leurs mots ceux de l’oligarchie. Le Peuple ne compte pas. Il n’a jamais compté. Et ne comptera plus. Les aspirations populaires sont ringardisées, moquées, snobées. Rien n’est plus sacréee que l’Union Européenne et ses traités, rien n’est plus sacré que la libre concurrence, la libre circulation des capitaux, le dumping social. Ringardisée, la France sociale, humiliée. La Résistance? Passéiste! La Sécurité Sociale? Passéiste! Les jours heureux? Passéiste!

Selon le théorème du TINA ce qui a été n’a plus lieu d’être. C’est ainsi que les conquis sociaux sont devenus « privilèges. Diviser pour mieux dépouiller.

C’est contre cela qu’il nous faut lutter. Cette novlangue inssuportable, ces insultes incessantees contre les syndicalistes, les militants politiques de gauche. Contre le poison de la division et de l’indifférence. Contre leur principe de réalité.

Car la réalité, la vraie, ce sont les morts dans la rue. Les travailleurs qui dorment dans leur voiture. Les fins de mois qui commencent le 15. Le renoncement aux soins car ceux-ci sont trop chers. Ce sont les chômeurs longue durée. Les séniors inemployés.

Car la réalité ce sont les morts de la rue. Les enfants qui ne mangent pas à leur faim. Ce sont des quartiers abandonnés. Des service publics fermés.

La réalité c’est Bruxelles capitale de la République Française.

La  réalité ce sont les milliards volés par le capital aux travailleurs. Les dividendes captés par les rapaces. La finance qui se gave.

Nous sommes les réalistes, les solidaires, les partageurs.

L’oligarchie a gagné une bataille.

Nous gagnerons la guerre.

 

DE LA FIDÉLITÉ ET DU COMBAT EN POLITIQUE

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Communiqué du Parti de Gauche: 700 lycéen-ne-s interpellé-e-s : le dialogue et le calme du gouvernement ?

Ce jeudi 6 décembre 2018, au 4ème jour de la mobilisation lycéenne, plus de 300 lycées ont été bloqués pour dénoncer la réforme du baccalauréat et la sélection à l’université. En réponse à ces manifestations, 700 lycéen-ne-s ont été interpellé-e-s partout en France : à titre de comparaison, 378 personnes avaient été arrêtées ce samedi lors de l’acte III de contestation des gilets-jaunes.

A Mantes-La-Jolie, 148 jeunes ont été arrêté-e-s après avoir attendu, à genoux et les mains sur la tête, entouré-e-s de policier-e-s armé-e-s attendant d’être emmené-e-s dans des commissariats du départements. La volonté d’humiliation était claire : ces lycéen-e-s avaient vocation à servir d’exemple à leurs camarades.

Aux scènes de violence physique qui deviennent depuis plusieurs semaines maintenant une habitude, c’est aujourd’hui l’effroi qui a pris place. L’effroi à la vue de ces lycéen-ne-s agenouillé-e-s, les mains sur la tête, leur cartable au dos, cerné-e-s par les forces de l’ordre.

Des blessé-e-s, des tirs à bout portant, des interpellations massives, voilà l’arsenal de répression qui est mis en place face à des lycéen-ne-s pour la plupart encore mineur-e-s. Quand le gouvernement appelle sans concession à l’apaisement, c’est la vie de celles et ceux qui se mobilisent qui est mise en danger.

Les lycéen-ne-s se mobilisent contre la réforme du lycée, contre la réforme du baccalauréat et contre Parcoursup, pour un autre système éducatif. Ils sont reçus par la violence, une violence tant physique que symbolique.

L’annonce de la fermeture préventive ce vendredi 7 décembre d’une vingtaine d’établissements dans l’Oise n’augure aucun changement de cap de la part des autorités qui s’enferment dans la répression.

Alors que Parcoursup avait déjà démontré au mois de juin la volonté de faire du tri entre les élèves parisien-ne-s et les autres, ce sont encore les banlieues et les pauvres qui trinquent.

Jean-Michel Blanquer et Christophe Castaner doivent s’expliquer : pourquoi des lycéen-ne-s sont-ils de la sorte réprimé-e-s ?

Le ministre de l’éducation doit également écouter les revendications qui s’expriment tant de la part des élèves, de la communauté éducative que des parents en revenant sur ses mesures qui n’ont su apporter de réponses satisfaisantes là où il y avait besoin de plus de moyens, de réformes ambitieuses.

Manifeste pour une refondation républicaine. Par Claude NICOLLET

Je reproduis ici une tribune de Claude Nicollet, Premier Secrétaire de la Fédération Nord du MRC. J’y souscris totatlement, et me réjouis de voir que les convergences avec la FI sont sur de bons rails

Une tornade néo-libérale a déferlé sur le monde occidental. Avec elle s’est imposée la liberté des capitaux, la liberté d’investir, la liberté de circulation. Mais il y a un revers de la médaille: le dumping fiscal mondial, les paradis fiscaux, les délocalisations, la liquidation des entreprises publiques, les flux migratoires sans régulation…
Un souffle puissant

Il n’est donc pas surprenant que le néo-libéralisme éveille à rebours la colère des populations. Tous ceux qui ont soutenu l’abolition des frontières et le libre-échangisme total, qu’ils soient issus de la gauche ou de la droite, font l’objet d’un désaveu profond. Car en France la droite et la gauche, de Maastricht au TSCE en passant par le traité de Lisbonne et le déni du référendum de 2005, ont toujours marché de concert. Avec la chute de LR et du PS la sanction s’est abattue sur ceux qui avaient désiré cette mondialisation sans règle ou qui s’y étaient résigné ; même phénomène en Italie avec la chute des héritiers de la démocratie-chrétienne et ceux de la gauche, en Autriche avec l’élection de Sebastian Kurz et la disparition de l’ancien bipartisme, en Suède avec l’affaissement de la social-démocratie, en Grande-Bretagne avec le référendum sur le Brexit, en Allemagne avec la double crise de la CDU-CSU et de la SPD, en République Tchèque avec la réélection de Milos Zeman, mais aussi aux États-Unis avec la victoire de Trump, au Québec avec celle de Legault, au Brésil avec l’élection de Bolsonaro. Ceux qui sont portés au pouvoir par les électeurs n’envisagent pas tant de rétablir la souveraineté de leurs États et de leurs peuples que d’affirmer de manière ostentatoire leurs identités. Ils font mouche: il est plus simple de se faire élire en dénonçant les conséquences de la libéralisation sauvage de tous les échanges plutôt que de s’en prendre aux causes. Ce sont les diatribes anti-immigration, les exigences sécuritaires, les affirmations fortes d’identité culturelle qui ont séduit les électeurs. La gauche de gouvernement comme la droite modérée sont accusées d’avoir orchestré volontairement l’abolition de toutes les frontières économiques, monétaires, culturelles, humaines. Elles se trouvent donc sanctionnées.

La gauche de gouvernement, en France, se retrouve piégée: les conséquences de ses choix économiques et monétaires frappent d’abord les couches populaires. Le choix de l’euro a désindustrialisé le sud de l’Union européenne et conduit au chômage des dizaines de millions de salariés. Privée de soutien populaire, la gauche Terra Nova comptait sur le soutien des minorités (ethniques, de genre…), en substituant à la question sociale des sujets sociétaux. Mais c’est loin d’être suffisant pour construire une majorité. Plus encore, la question des flux migratoires domine les préoccupations populaires. Ne nous y trompons pas, c’est bien l’afflux incontrôlé de travailleurs polonais au Royaume-Uni qui a fait basculer le vote en faveur du Brexit. C’est la question migratoire qui est à l’origine de l’élection du chancelier Kurz à Vienne, de la montée de l’AfD et des difficultés d’Angela Merkel à Berlin, de l’affaissement des socio-démocrates suédois, de la coalition Salvini / Di Maio à Rome. C’est la défense d’une identité culturelle des sociétés qui est le moteur de ces élections récentes: on le voit à Budapest où on veut «défendre la Hongrie contre le parti de l’immigration», à Varsovie où le Premier Ministre assène: «nous n’accueillerons pas de migrants issus de pays d’Afrique ou du Moyen-Orient», à Prague où le Président Zeman dénonce une «invasion organisée de musulmans impossibles à intégrer»…

C’est le défi lancé au visage des républicains de progrès. L’immigration sans règle va-t-elle amener par contrecoup l’extrême droite au pouvoir dans nos pays d’Europe? À l’inverse, est-ce qu’une protection policière de nos sociétés contre l’immigration clandestine va défigurer notre façon de vivre?

On ne luttera pas contre l’avancée de l’extrême droite en mettant en œuvre les recettes qu’elle préconise.

Tout fonctionne en couple. Le discours gauchiste prônant un laxisme total, et taxant de racisme toute volonté de régulation, est un puissant moteur pour les partis d’extrême droite. De même la pseudo-stratégie de La République en Marche, visant à opposer les «progressistes» aux «conservateurs», fera basculer les couches populaires dans le camp conservateur. Le court terme électoraliste relève d’un aveuglement périlleux.

Pour sortir de ce piège, les républicains de progrès doivent sortir du déni, aborder la question des flux migratoires avec l’exigence de vérité, et dès lors reconquérir les couches populaires et replacer au centre du débat les questions sociales et économiques.
Sortir des dénis

Oui l’intégration des nouveaux venus est difficile, surtout pour les couches populaires. Il est plus facile de les accuser de xénophobie que de comprendre leurs difficultés quand on compte 3 millions de chômeurs avec une croissance de l’économie très faible. Oui, la visibilité d’une religion nouvelle venue pose des problèmes. Il est plus facile de dire «après tout, nos grands-mères portaient des mantilles», de nier les tensions à l’école, à l’hôpital, dans les quartiers populaires, que de construire l’intégration d’un Islam de France, d’un Islam des Lumières. Il est plus facile de poursuivre les ambiguïtés de notre politique étrangère au Moyen Orient que d’instaurer une cohérence entre la lutte contre le djihadisme à l’extérieur et contre l’islamisme à l’intérieur. Sortir de ces dénis est une condition de la reconquête.

On ne luttera pas contre l’avancée de l’extrême droite dans toute l’Europe en mettant en œuvre les recettes qu’elle préconise. Ce n’est pas par la fermeture des frontières, l’immigration zéro, l’exaltation des racines chrétiennes de l’Europe qu’on pourra la contenir. C’est en répondant aux attentes populaires par une politique républicaine des flux migratoires: accueil sans condition et sans limite des bénéficiaires de l’asile politique ; mais accueil des migrants économiques dans la stricte limite de nos capacités d’emploi, de logement, d’équipements publics. Et respect de nos lois, de nos us et coutumes, et surtout du principe de laïcité. Chacun comprend que les défis des populations d’Afrique ne seront pas relevés par l’exil, mais par le développement: il serait temps de ne plus s’en tenir aux invocations mais de mettre le co-développement à l’ordre du jour d’une Eurafrique solidaire.

De même il faut oser affirmer que la gauche de gouvernement, dans sa majorité, a fait fausse route dans la conduite du projet européen. Elle s’est engouffrée dans le mythe européiste, substitution à ses ambitions de transformation sociale. Elle l’a tant épousé qu’elle s’est confondue avec lui. Et aujourd’hui, alors qu’il s’effondre, elle s’effondre avec lui. La monnaie unique était une construction politique mal bâtie ; les réalités économiques l’ont déformée pour en faire un outil de domination au service des économies les plus puissantes, ruinant les économies les plus fragiles. Le bilan des effondrements industriels français dus en grande partie à une monnaie inadaptée est sévère. Le tort causé par la mécanique institutionnelle de Bruxelles et le TSCE à la responsabilité des peuples et à la démocratie est immense. Certains ont tiré avantage de la situation. D’autres se sont laissés aller dans la facilité créée par une monnaie forte. Aujourd’hui, les gouvernements ne décident plus de l’essentiel. Ils se sont dessaisis au profit d’une Commission non élue. Il n’y aura pas de renouveau sans renégociation des traités européens et retour du peuple français aux devoirs de la responsabilité.

La France n’est pas une addition de communautés.

La cohésion civique est en péril. Il faut regarder la situation en face. Et prendre la mesure des responsabilités d’une certaine gauche. «Dans les années 70 et 80, encouragés par des professeurs d’université eux-mêmes inspirés par des penseurs français tels Foucault et Derrida, une nouvelle orientation disséminée sur les campus universitaires a rejeté des concepts aussi contraignants que la citoyenneté et le devoir. Elle mettait l’accent sur les revendications identitaires particulières, qu’il s’agisse de sexe, d’orientation sexuelle, d’appartenance ethnique, etc.» note l’écrivain britannique James Meek . «À gauche, une idéologie fétichise nos attachements individuels et de groupe et jette une ombre de suspicion sur toute évocation d’un «nous» démocratique et universel» fustige Mark Lilla en rendant les errements des progressistes responsables de l’élection de Trump . L’exaltation des différences, l’éloge du communautarisme, sapent la citoyenneté. Sur un océan d’individus déliés de liens civiques, l’argent règne sans partage. Les républicains de progrès doivent mesurer l’âpreté du combat idéologique à venir.
Reconquérir les couches populaires

La reconquête des couches populaires perdues est la priorité. Pour cela il faut présenter des choix clairs.

La France a un avenir. Elle n’est pas condamnée à disparaitre dans un magma européen dont personne ne veut sur notre continent. Elle a une identité, changeant à travers le temps, évolutive, capable d’intégrer les apports, mais parfaitement respectable. Les heures noires doivent être assumées, mais ne doivent pas éclipser les grandeurs: de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen à la réhabilitation de Dreyfus, de la Révolution française à la Résistance, de l’abolition de l’esclavage à celle de la peine de mort.

La citoyenneté met au-dessus des différences la commune appartenance. Et chacun peut articuler ses particularités et sa participation à la communauté nationale. Ce que Yascha Mounk nomme «patriotisme inclusif» s’appelle l’intégration républicaine. La France n’est pas une addition de communautés. Pour réussir l’intégration des nouveaux citoyens, ni la repentance ni la honte de soi ne sont de bonnes méthodes: il faut promouvoir l’égalité et le civisme, la citoyenneté, ensemble indissociable de droits et de devoirs. Le respect de la laïcité, de nos us et coutumes, n’est pas négociable.

Pour donner un avenir à la France, il faut desserrer le carcan européen. Les traités doivent être révisés ; la monnaie unique doit devenir monnaie commune, capable de s’adapter aux rythmes économiques différents des États membres. Les odes aux États-Unis d’Europe et au fédéralisme glissent sur les couches populaires comme l’eau sur les plumes d’un canard. Il faut clairement s’opposer aux mythes européistes qui nous ont apporté chômage, désindustrialisation, mise en cause de la démocratie, effacement dans le monde.

Répondre au défi migratoire est indispensable.«Il faut pouvoir s’emparer de la question migratoire, sans quoi ce sont les nationalistes qui s’en chargeront» souligne Yascha Mounk. Les républicains progressistes doivent faire face aux inquiétudes populaires. L’immigration doit être régulée ; il n’y a pas de droit automatique à l’installation sur notre territoire. Une immigration maîtrisée est un atout ; une immigration sans règle est une aubaine pour l’extrême droite. Le droit d’asile est sacré ; il ne doit pas être détourné. Une pensée ferme, humaine et réaliste, est l’antidote aux démagogues, indispensable pour retrouver la confiance des milieux populaires.
Placer au centre la question sociale et économique

En ayant reconquis la confiance populaire, affectée aujourd’hui par la dérive européiste, la question migratoire, l’affaissement du civisme, nous serons en mesure de replacer les enjeux sociaux et économiques au cœur du débat. Ils sont aujourd’hui masqués par les enjeux sécuritaires ou identitaires. Faute d’y avoir apporté des réponses, partout dans le monde occidental, la gauche de gouvernement est chassée par des vagues d’extrême droite qui ne cachent pas pourtant leurs orientations très libérales en matière économique, avec des conséquences sociales très graves.

Nous pourrons, si nous avons regagné la confiance, placer la question de l’emploi, des revenus du travail, des protections sociales, mais aussi de l’industrie, de l’énergie, au centre du débat politique. Ces questions sont aujourd’hui évincées par les débats identitaires, environnementaux, les sujets de société. Ils passionnent les couches moyennes et supérieures. Mais pour les milieux modestes la priorité reste au travail et au revenu. Le service public est pour eux une garantie d’égalité à laquelle ils sont attachés. La pérennité des protections sociales est aussi décisive.

Desserrer le carcan européen est le préalable qui permettra d’investir massivement dans l’éducation, la recherche. Retrouver une marge de manœuvre monétaire est nécessaire pour conduire une politique fiscale plus juste appelant les plus fortunés à contribuer à l’effort commun. Si nous sommes crédibles dans la remise en cause des traités européens, nous pouvons proposer au pays cette politique nouvelle. Sinon, nous retomberons dans les vœux pieux et l’incantation verbale.

Les nouveaux enjeux économiques sont également déterminants. La mondialisation sans règle amène la domination des Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple…) dans toutes les dimensions de la vie. Les centres-villes sont désertés par le petit commerce concurrencé par la vente en ligne, l’évasion fiscale est maximale et l’information, les médias, l’école sont bouleversés,. L’intelligence artificielle modifiera l’emploi futur: tout cela se décide sans nous. Peut-on reprendre la main sur notre destin sans maîtrise de ces nouveaux monopoles?

De même la protection de l’environnement, la limitation des émissions de gaz carbonique et de gaz à effet de serre, au lieu de culpabiliser les individus, doit mettre en cause le mode de production économique, la financiarisation de la production. Les républicains progressistes doivent éviter «l’écologie punitive» pour choisir le primat du bien commun s’imposant aux acteurs économiques et aux choix des politiques publiques (si la France émet 320 millions de tonnes de CO2, contre 760 en Allemagne et 5 120 aux USA, le choix de l’électricité nucléaire n’y est pas pour rien…). Il y a une vision républicaine de l’écologie, où l’intérêt général s’impose aux intérêts particuliers. Cette vision est préférable à la mise en accusation permanente des paysans, des chasseurs, des ruraux, ou des amateurs d’entrecôte.
Rassembler

Le rassemblement populaire excédera nécessairement les actuelles frontières de la gauche

Ce changement de cap exige un rassemblement populaire puissant. On ne renégociera pas les traités européens avec une courte majorité de 51 % des voix. Une majorité forte ne se construira pas par l’addition de forces dispersées, parfois devenues minuscules, affaiblies par la défaite sans précédent de 2017. Nos voisins espagnols de Podemos invitent à «construire un peuple» plutôt qu’à «reconstruire la gauche», à passer du parti de la gauche française au parti du peuple français autour «d’une idée de patrie radicalement progressiste et démocratique» selon la formule d’Inigo Errejon . Les républicains que nous sommes ne perdent pas de vue ces noces du mouvement ouvrier et de la nation évoquées par Jaurès. C’est la clé d’une union populaire majoritaire: reconquérir les couches populaires, disputer au néo-libéralisme les classes moyennes, isoler les milieux compradores (qui tirent profit de cette situation). Nous ne devons donc pas dévier de cet objectif, concéder quoi que ce soit aux thèses communautaristes, indigénistes, gauchistes ; nous ne devons jamais céder aux tentations de l’identitarisme mais tenir le cap de l’universalisme. Nous sommes attachés à l’État et à son rôle. Nous tenons l’actuelle Union européenne pour le chausse-pied du néo-libéralisme et avons toujours combattu ses illusions. Notre conception de l’action politique n’a jamais cédé aux facilités démagogiques, à l’animation du cirque médiatique. Y consentir n’amènerait rien de plus à ceux qui y sont passés maîtres, mais défigurerait notre tenace action passée.

Comment être utile aujourd’hui au rassemblement de demain? L’affaire ne se joue pas en quelques mois mais en plusieurs années. Ne sacrifions pas au court terme en nous noyant dans une nébuleuse ambiguë. La hâte rend aveugle. Notre seul atout est une certaine clairvoyance: ne le galvaudons pas. Le rassemblement populaire excédera nécessairement les actuelles frontières de la gauche: il prendra du temps et notre apport sera alors précieux. C’est ainsi que nous serons utiles.

Claude NICOLET

Ancien adjoint au Maire de Dunkerque
Ancien conseiller régional Nord Pas de Calais
Premier secrétaire de la fédération du Nord du MRC

Espérance banlieues, alerte dans les écoles modèles de Blanquer

Paul Vannier

Un reportage diffusé ce matin sur France inter propose un édifiant bilan de l’expérience Espérance banlieues, ce réseau d’écoles privées hors contrat créé en 2012 qui compte aujourd’hui 10 établissements à travers le pays.

La journaliste Claire Chaudière revient sur le profil des enseignants (anciens cadres sans expérience de l’enseignement et jeunes en service civique) et s’arrête sur les graves lacunes éducatives dont souffrent d’anciens élèves. Plus grave encore, elle relate la plainte pour abus de confiance, déposée par plusieurs parents d’élèves d’une des écoles du réseau à Marseille. Le personnel semble en effet s’y être livré à d’étranges cérémonies de « bénédiction » dans un établissement se présentant pourtant comme aconfessionnel…

Le reportage de France inter rappelle aussi que le réseau d’écoles privées a reçu, dès son lancement, le soutien de personnalités telles Harry Roselmack ou Jamel Debbouze. Mais il omet celui de l’actuel ministre de l’éducation nationale pour ce…

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