La France Insoumise pour la planification du dé-confinement

Le Groupe Parlementaire de la France Insoumise est pleinement engagé dans le combat politique en pleine crise sanitaire (qui n’est pas une guerre ), face à l’incurie (pour rester dans les limites de la courtoisie), les 17 députés FI proposent une stratégie claire, précise, basée sur un principe simple: la planification. le confinement n’a pas été préparé (en plus d’avoir été imposé à grands coups d’infantilisation et de répression). il est temps d’en sortir, de façon préparée et non-anxiogène 

 

https://lafranceinsoumise.fr/2020/04/27/coronavirus-planification-du-deconfinement-propositions-du-groupe-parlementaire-lfi/

Chronique des Jours Heureux. Désirs de France… Insoumise…

N’engage que moi

 

MAJ du Lundi 3 Février 2020. La prise de position récente de Ségolène Royal sur l’affaire Mila affaiblit considérablement sa position de recours républicain pour 2022. Sa mise au point ce jour clarifie néanmoins la situation même si la vigilance est de mise.

Il apparait de plus en plus clairement que Ségolène Royal songe à 2022. Ses récentes déclarations. Ses prises de positions contre la politique du gouvernement. Les attaques répétées dont elle fait l’objet depuis quelques semaines (cas de Lawfare qui n’est pas sans en rappeler un précédent …) ne laissent planer que peu de doutes.

Certes Ségolène Royal n’est pas une révolutionnaire. Certes, certaines de ses positons sont discutées et discutables. Certes, il lui aura fallu du temps pour ouvrir les yeux sur « Le Nouveau Monde ». Mais elle a pour elle une certaine idée de la France qui n’a jamais variée depuis l’élection présidentielle accompagnée d’une assise populaire certaine. Les réactions à ses dernières sorties médiatiques en sont une preuve supplémentaire.

De son coté, Jean-Luc Mélenchon n’a pas annoncé s’il serait candidat ou non. Certes il aura 71 ans au moment de l’échéance. Certes depuis le 22 Avril 2017, la liste des erreurs politiques du militant Mélenchon tend à effacer celles du candidat Mélenchon. L’affaiblissement du mouvement, lié aux compromissions avec le communautarisme, l’abandon (provisoire semble-t-il) de la ligne républicaine et d’une laïcité intransigeante, pourrait laisser croire à la mort politique de Jean-Luc Mélenchon. Deux remarques donc.  Primo en politique, personne n’est jamais mort. Deuxio, malgré tous les griefs évoqués ci-dessus, il n’y a pas aujourd’hui en France de candidat plus brillant, plus cultivé et ayant autant le sens de l’histoire, que le député des Bouches-du-Rhône.

Deux candidats donc. Pour qui le calcul est simple. Entre Macron et Le Pen, il y a une place à prendre. Pour sauver la République. Pour refaire de la France une grande Nation, souveraine, libre, indépendante. Pour sauver le modèle social hérité de la libération, rendre gloire au CNR. Un chemin existe donc entre l’extrême-centre autoritaire et l’extrême-droite ethniciste. Celui du socialisme Républicain.

Mais ce chemin est étroit.

Deux candidatures, ce serait sûrement une de trop. Alors bien sûr, on ne peut envisager Ségolène Royal portant le programme l’Avenir en Commun. On ne peut envisager Jean-Luc Mélenchon portant un projet social-démocrate. Mais on peut, sans passer ni pour des renégats, ni pour des utopistes, imaginer un programme de gouvernement commun, une entente formelle sur des points clefs (écologie, services publics, laïcité…) afin d’envisager les Jours Heureux.

Certes, la question européenne, tout comme celle de la VIe République seront à l’évidence des points de tensions. Mais en politique, romantisme et négociation ne sont pas incompatibles.

En tant que militant des jours Heureux, je n’ose imaginer que 2022 rejoue le match de 2017 et que notre Patrie continue de s’enfoncer dans la nuit.

C’est pourquoi j’espère un rapprochement.

Celui-ci n’aura surement pas lieu.

Mais on ne sait jamais.

 

1 Février 2020

Menaces contre Mila : non, Madame Belloubet il n’y a pas de délit de blasphème – Benoit Schneckenburger – Le Parti de Gauche

 

Suite au harcèlement et aux menaces de mort que subit Mila, la ministre de la justice devrait mobiliser tous les moyens de L’État pour la protéger. Nicole Belloubet a pourtant réagi sur Europe 1 et affirmé que « L’insulte à la religion c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience, c’est grave ».

Non, en France il n’y a pas de délit de blasphème, et la critique, même virulente, de toutes les religions ou croyances demeure un droit inaliénable. La liberté de conscience, garantie par la Constitution et la loi de 1905 font partie du socle républicain.

Le parti de gauche demande que la justice poursuive les personnes qui ont menacé de mort Mila. Le parquet de Vienne doit revenir sur sa décision d’ouvrir une enquête contre Mila, sous prétexte d’une prétendue insulte à religion. madame Belloubet devrait donner des instructions en ce sens au parquet au lieu d’incriminer la victime.

Chronique des Jours Heureux-Le Principe de Réalité

Réalistes. Soyez réalistes! Nous enjoignent-ils tous la bouche en cœur et la main sur la bourse. Car bien sur, les réalistes se sont eux. Ils ne savent rien des fins de mois difficiles, rien des infirmières qui galèrent, des enseignants qui pleurent, rien de la pauvreté des enfants, rien de la précarité qui touche dorénavant ceux qui ne s’y attendaient pas. Rien du sentiment de déclassement des classes moyennes, rien des angoisses des classes populaires. Les Gilets Jaunes? Circulez! La défense des Services Publics? Circulez! La sauvegarde du système de retraites par répartition? Circulez! L’Héritage du CNR? Circulez! ! La République? Circulez! Le  droit de grève? Circulez.

Il n’y a pas d’alternative, citoyens, martèlent-ils. Leur langue est celle de la start-up Nation, leur vocabulaire celui de la finance internationale, leurs mots ceux de l’oligarchie. Le Peuple ne compte pas. Il n’a jamais compté. Et ne comptera plus. Les aspirations populaires sont ringardisées, moquées, snobées. Rien n’est plus sacréee que l’Union Européenne et ses traités, rien n’est plus sacré que la libre concurrence, la libre circulation des capitaux, le dumping social. Ringardisée, la France sociale, humiliée. La Résistance? Passéiste! La Sécurité Sociale? Passéiste! Les jours heureux? Passéiste!

Selon le théorème du TINA ce qui a été n’a plus lieu d’être. C’est ainsi que les conquis sociaux sont devenus « privilèges. Diviser pour mieux dépouiller.

C’est contre cela qu’il nous faut lutter. Cette novlangue inssuportable, ces insultes incessantees contre les syndicalistes, les militants politiques de gauche. Contre le poison de la division et de l’indifférence. Contre leur principe de réalité.

Car la réalité, la vraie, ce sont les morts dans la rue. Les travailleurs qui dorment dans leur voiture. Les fins de mois qui commencent le 15. Le renoncement aux soins car ceux-ci sont trop chers. Ce sont les chômeurs longue durée. Les séniors inemployés.

Car la réalité ce sont les morts de la rue. Les enfants qui ne mangent pas à leur faim. Ce sont des quartiers abandonnés. Des service publics fermés.

La réalité c’est Bruxelles capitale de la République Française.

La  réalité ce sont les milliards volés par le capital aux travailleurs. Les dividendes captés par les rapaces. La finance qui se gave.

Nous sommes les réalistes, les solidaires, les partageurs.

L’oligarchie a gagné une bataille.

Nous gagnerons la guerre.

 

Dix ans de Rimes et de Luttes, il est tant qu’adviennent les Jours Heureux.

Cher lecteur, ami, familier ou camarade, ce blog a 10 ans

Dix ans de vers, de combats, de doutes et d’interrogations.

Au terme de ces 10 années, il est temps que ce blog fasse peau neuve.

Fidèle à sa vocation, à son essence première, son ADN reste inchangé: Poésie, République, Socialisme (et quelques doutes aussi, évidement) mais son appellation évolue.

Ainsi, De Rimes et de Luttes devient En Attendant les Jours Heureux. Ils viendront. C’est le sens de l’Histoire.

Nous sommes repartis pour 10 ans. Haut les cœurs (parfois désespéré), de combats, de rimes, d’amour éternel et de bonheur en fuites

« Que viennent les Jours Heureux, et le gout du bonheur » Jean-Luc Mélenchon

 

 

DE LA FIDÉLITÉ ET DU COMBAT EN POLITIQUE

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Communiqué du Parti de Gauche: 700 lycéen-ne-s interpellé-e-s : le dialogue et le calme du gouvernement ?

Ce jeudi 6 décembre 2018, au 4ème jour de la mobilisation lycéenne, plus de 300 lycées ont été bloqués pour dénoncer la réforme du baccalauréat et la sélection à l’université. En réponse à ces manifestations, 700 lycéen-ne-s ont été interpellé-e-s partout en France : à titre de comparaison, 378 personnes avaient été arrêtées ce samedi lors de l’acte III de contestation des gilets-jaunes.

A Mantes-La-Jolie, 148 jeunes ont été arrêté-e-s après avoir attendu, à genoux et les mains sur la tête, entouré-e-s de policier-e-s armé-e-s attendant d’être emmené-e-s dans des commissariats du départements. La volonté d’humiliation était claire : ces lycéen-e-s avaient vocation à servir d’exemple à leurs camarades.

Aux scènes de violence physique qui deviennent depuis plusieurs semaines maintenant une habitude, c’est aujourd’hui l’effroi qui a pris place. L’effroi à la vue de ces lycéen-ne-s agenouillé-e-s, les mains sur la tête, leur cartable au dos, cerné-e-s par les forces de l’ordre.

Des blessé-e-s, des tirs à bout portant, des interpellations massives, voilà l’arsenal de répression qui est mis en place face à des lycéen-ne-s pour la plupart encore mineur-e-s. Quand le gouvernement appelle sans concession à l’apaisement, c’est la vie de celles et ceux qui se mobilisent qui est mise en danger.

Les lycéen-ne-s se mobilisent contre la réforme du lycée, contre la réforme du baccalauréat et contre Parcoursup, pour un autre système éducatif. Ils sont reçus par la violence, une violence tant physique que symbolique.

L’annonce de la fermeture préventive ce vendredi 7 décembre d’une vingtaine d’établissements dans l’Oise n’augure aucun changement de cap de la part des autorités qui s’enferment dans la répression.

Alors que Parcoursup avait déjà démontré au mois de juin la volonté de faire du tri entre les élèves parisien-ne-s et les autres, ce sont encore les banlieues et les pauvres qui trinquent.

Jean-Michel Blanquer et Christophe Castaner doivent s’expliquer : pourquoi des lycéen-ne-s sont-ils de la sorte réprimé-e-s ?

Le ministre de l’éducation doit également écouter les revendications qui s’expriment tant de la part des élèves, de la communauté éducative que des parents en revenant sur ses mesures qui n’ont su apporter de réponses satisfaisantes là où il y avait besoin de plus de moyens, de réformes ambitieuses.

Espérance banlieues, alerte dans les écoles modèles de Blanquer

Paul Vannier

Un reportage diffusé ce matin sur France inter propose un édifiant bilan de l’expérience Espérance banlieues, ce réseau d’écoles privées hors contrat créé en 2012 qui compte aujourd’hui 10 établissements à travers le pays.

La journaliste Claire Chaudière revient sur le profil des enseignants (anciens cadres sans expérience de l’enseignement et jeunes en service civique) et s’arrête sur les graves lacunes éducatives dont souffrent d’anciens élèves. Plus grave encore, elle relate la plainte pour abus de confiance, déposée par plusieurs parents d’élèves d’une des écoles du réseau à Marseille. Le personnel semble en effet s’y être livré à d’étranges cérémonies de « bénédiction » dans un établissement se présentant pourtant comme aconfessionnel…

Le reportage de France inter rappelle aussi que le réseau d’écoles privées a reçu, dès son lancement, le soutien de personnalités telles Harry Roselmack ou Jamel Debbouze. Mais il omet celui de l’actuel ministre de l’éducation nationale pour ce…

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Le Mépris et le Combat

Toujours la meute. Toujours les chiens enragés. La petite bande des indignés médiatiques. La cour des salopards. Le bureau des ordures réuni quotidiennement à heures fixes sur tous les plateaux. Toujours les belles personnes et leurs injonctions. Toujours les procès, les salissures contre nous. Nous les militants de la République Sociale, nous les militants de l’égalité, du Partage. De toutes parts viennent des attaques, des informations non vérifiées évidement. Mais relayées. Déformées. Amplifiées. Médiacrates sans styles, plumitifs sans inspirations: tous participent à ce concours général du mensonge.

Cette haine de classe qui transpire de partout n’a qu’un seul but: salir tout mouvement d’opposition au modèle libérale et européiste. Ce petit aréopage d’Albert Londres renierait sans l’ombre d’un doute n’a qu’une mission: désinformer et défendre les intérêts des dominants qu’ils servent contre salaire. Misère du journalisme. Bonheur des oligarques.

Quand ils ne se gaussent pas des menaces de mort sur Jean-Luc Mélenchon, ces belles âmes tentent de salir d’autres membres de la France Insoumise.

Ainsi en est-il ces derniers jours de mes camarades Alexis Corbière et Danièle Simonnet.

 Peu importe qu’Alexis comme Danielle occupent leurs logements légalement: ils sont insoumis, rien ne doit leur être épargné.

Que Corbière ait occupé avec femmes et enfants un appartement à 1200 euros mensuels qu’il avait acquis sur critères sociaux. Qu’importe qu’il ait eu avant son entrée au Palais Bourbon un salaire d’enseignant de 2350. Qu’importe que ce logement ne soit pas un HLM mais un logement à loyer libre. Qu’importe qu’il ait pris l’engagement de le quitter après son élection comme député. Qu’importe qu’a Paris et dans sa région on ne trouve pas un appartement familial en un claquement de doigts… Qu’importe qu’il en soit de même pour Danielle, occupant aussi un logement à loyer libre avec son compagnon et ses deux enfants, qu’importe qu’elle l’ait obtenue en 2003, qu’importe que les fonctions électives qu’elle occupe, comme celle d’Alexis, ne soient pas éternelles.

Qu’importe la légalité. Qu’importe la réalité. Rien ne les arrêtera. Ni la vérité. Ni nos réponses. Corbière comme Simonnet représentent tout ce que ce grand monde déteste: une résistance à leur indécence et à leur morgue. Les attaquer c’est attaquer la France qui résiste groupée autour de 7 millions de voix qui n’en font plus qu’une seule.

Je veux dire ici tout mon soutient à Alexis et Danielle que je connais depuis mon entrée au PG en 2009. Je sais leur force de caractère. Leur inexorable envie de se battre. Je sais leur croyance indélébile en notre victoire prochaine.

Face à ces attaques sans autres fondements que la haine opposons le mépris et le combat.

Nous gagnerons

C.G

27Octobre 2017

De la République au Socialisme (Jaurès, 1893)

Extraits de ce discours qui synthétise, sur plusieurs thèmes essentiels (souveraineté, république sociale, éducation, syndicalisme, capitalisme…), la pensée de Jaurès à la fin du XIXe siècle.

La République sociale ; ordre politique et ordre économique

«  La vérité, c’est qu’en France même, dans notre France républicaine, le mouvement socialiste est sorti tout à la fois de la République, que vous avez fondée, et du régime économique qui se développe dans ce pays depuis un demi-siècle.

Vous avez fait la République, et c’est votre honneur ; vous l’avez faite inattaquable, vous l’avez faite indestructible, mais par là vous avez institué entre l’ordre politique et l’ordre économique dans notre pays une intolérable contradiction.

Dans l’ordre politique, la nation est souveraine et elle a brisé toutes les oligarchies du passé ; dans l’ordre économique la nation est soumise à beaucoup de ces oligarchies […]

Oui, par le suffrage universel, par la souveraineté nationale, qui trouve son expression définitive et logique dans la République, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois. C’est d’eux, c’est de leur volonté souveraine qu’émanent les lois et le gouvernement ; ils révoquent, ils changent leurs mandataires, les législateurs et les ministres ; mais au moment même où le salarié est souverain dans l’ordre politique, il est dans l’ordre économique réduit à une sorte de servage.

Oui ! au moment où il peut chasser les ministres du pouvoir il est, lui, sans garantie aucune et sans lendemain, chassé de l’atelier. Son travail n’est plus qu’une marchandise que les détenteurs du capital acceptent ou refusent à leur gré.

Il peut être chassé de l’atelier, il ne collabore pas aux règlements d’atelier qui deviennent tous les jours plus sévères et plus captieux, et qui sont faits sans lui et contre lui.

Il est la proie de tous les hasards, de toutes les servitudes, et à tout moment, ce roi de l’ordre politique peut être jeté dans la rue ; à tout moment, s’il veut exercer son droit légal de coalition pour défendre son salaire, il peut se voir refuser tout travail, tout salaire, toute existence par la coalition des grandes compagnies minières. Et tandis que les travailleurs n’ont plus à payer, dans l’ordre politique, une liste civile de quelques millions aux souverains que vous avez détrônés, ils sont obligés de prélever sur leur travail une liste civile de plusieurs milliards pour rémunérer les oligarchies oisives qui sont les souveraines du travail national.

Et c’est parce que le socialisme apparaît comme seul capable de résoudre cette contradiction fondamentale de la société présente, c’est parce que le socialisme proclame que la République politique doit aboutir à la République sociale, c’est parce qu’il veut que la République soit affirmée dans l’atelier comme elle est affirmée ici ; c’est parce qu’il veut que la nation soit souveraine dans l’ordre économique pour briser les privilèges du capitalisme oisif, comme elle est souveraine dans l’ordre politique, c’est pour cela que le socialisme sort du mouvement républicain. C’est la République qui est le grand excitateur, c’est la République qui est le grand meneur : traduisez-la donc devant vos gendarmes ! (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)

Emancipation politique et émancipation sociale

Et puis, vous avez fait des lois d’instruction. Dès lors, comment voulez-vous qu’à l’émancipation politique ne vienne pas s’ajouter, pour les travailleurs, l’émancipation sociale quand vous avez décrété et préparé vous-mêmes leur émancipation intellectuelle ? Car vous n’avez pas voulu seulement que l’instruction fût universelle et obligatoire : vous avez voulu aussi qu’elle fût laïque, et vous avez bien fait.

Par là même, vous avez mis en harmonie l’éducation populaire avec les résultats de la pensée moderne ; vous avez définitivement arraché le peuple à la tutelle de l’Église et du dogme ; vous avez rompu non pas ces liens vivants dont je parlais tout à l’heure, mais les liens de passivité, d’habitude, de tradition et de routine qui subsistaient encore.

[…] Eh bien ! vous, vous avez interrompu la vieille chanson qui berçait la misère humaine… et la misère humaine s’est réveillée avec des cris, elle s’est dressée devant vous, et elle réclame aujourd’hui sa place, sa large place au soleil du monde naturel, le seul que vous n’ayez point pâli.

De même que la terre perd, par le rayonnement nocturne, une partie de la chaleur que le jour y a accumulée, une part de l’énergie populaire se dissipait par le rayonnement religieux dans le vide sans fond de l’espace.

Or, vous avez arrêté ce rayonnement religieux, et vous avez ainsi concentré dans les revendications immédiates, dans les revendications sociales tout le feu de la pensée, toute l’ardeur du désir ; c’est vous qui avez élevé la température révolutionnaire du prolétariat et si vous vous épouvantez aujourd’hui, c’est devant votre oeuvre !

République et syndicalisme

Et de même, quand vous avez fondé les syndicats ouvriers, qu’avez-vous prétendu faire ?

[…] Est-ce que vous vous imaginiez, lorsque vous avez fait la loi sur les syndicats ouvriers, qu’ils seraient simplement ou une société de secours mutuels ou je ne sais quelle ébauche de société coopérative de consommation ? Non, toutes ces institutions d’assistance et autres existaient à côté et en dehors des syndicats ouvriers, avant eux. En instituant les syndicats ouvriers, vous ne pouviez faire qu’une chose : donner, aux travailleurs, dispersés jusque-là, le sentiment d’une force plus grande, par leur réunion et par leur cohésion… […] et lorsqu’ils auraient des revendications à produire, soit sur la durée de travail, soit sur les salaires, et qu’ils s’adresseraient au patronat, et que le patronat ne les écouterait pas, donner plus de cohésion et d’ensemble au mouvement de coalition par lequel les travailleurs pouvaient espérer la victoire.

[…] Et maintenant, parce que les travailleurs trouvent en effet dans ces syndicats le sentiment d’une force nouvelle, qui leur permet d’espérer la réalisation de la pleine justice sociale, vous vous effrayez, encore une fois, devant votre oeuvre.

Et c’est chose étrange comme vous méconnaissez la situation présente. Je n’en veux d’autre témoignage que le langage de ce magistrat qui vous écrivait récemment, et qui assurément n’imaginait pas vous déplaire en disant : « Les syndicats sortent de leur rôle, ils deviennent une sorte d’école, d’instrument de propagande socialiste. »

Messieurs, il n’y a que deux moyens pour les travailleurs d’obtenir l’amélioration de leur sort : ou bien des améliorations partielles, immédiates, précaires, par les coalitions, que vous appelez des grèves ; ou bien une amélioration durable, définitive, normale, par la conquête des pouvoirs politiques pour réaliser l’idée socialiste.

Et vous ne vous apercevez pas, lorsque vous faites un grief aux syndicats de se pénétrer de l’esprit socialiste et de sortir de la simple agitation professionnelle pour s’élever à une conception politique générale et supérieure, que c’est vous qui les acculez à la grève comme au seul moyen d’action, alors que le socialisme leur offre dans la conquête des pouvoirs politiques un moyen d’action plus efficace et beaucoup plus étendu.

[…] Il se trouve, messieurs, que le mouvement socialiste est sorti tout à la fois de l’institution républicaine, de l’éducation laïque que vous avez décrétée, et des lois syndicales que vous avez faites ; et en même temps il résulte de plus en plus des conditions économiques qui se développent dans ce pays-ci depuis cinquante ans.

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Concentration du capital, concentration des terres…

Il vous suffit de jeter un coup d’oeil rapide sur la marche de la production dans notre pays, pour constater que dans l’ordre industriel, peu à peu la grande industrie, l’industrie anonyme, servie par les puissants capitaux et par les puissantes machines, se substitue de plus en plus au petit et au moyen patronat, et qu’ainsi l’abîme s’élargit et se creuse de plus en plus entre ceux, de plus en plus rares, qui détiennent les grands moyens de production, et ceux, de plus en plus nombreux, qui ne sont que des salariés, livrés à toutes les incertitudes de la vie.

[…] Ce que nous constatons, c’est que [l]e développement prodigieux du machinisme, qui en lui-même est un bien, a dans le régime spécial de la production qui s’appelle le régime capitaliste, cet effet saisissant que de plus en plus la puissance économique appartient à un nombre plus restreint de producteurs, qu’il devient de plus en plus impossible au simple salarié, à celui qui n’a que ses bras, d’arriver à l’autonomie, à la propriété ; que le régime actuel est la lente et cruelle expropriation de ceux qui n’ont pas les grands capitaux, et qu’il prépare cette concentration souveraine du capital que nous voulons réaliser, nous, pour restituer à tous les travailleurs, dans la propriété nationale, leur part des instruments de travail. 

Et puis, au point de vue agricole, il est un autre fait qui doit vous frapper : c’est que la légende s’évanouit de plus en plus du paysan propriétaire de la terre de France. Je vous rappelle à vos statistiques gouvernementales. La statistique de 1882, signée par l’homme éminent qui dirige le service de l’agriculture, par M. Tisserand, constate en effet que la petite propriété paysanne est une légende. […]

Messieurs, voici ce que dit textuellement M. Tisserand : « En résumé, les moyens et grands cultivateurs détiennent ensemble les trois quarts du territoire agricole, tandis que les millions de nos paysans en ont à peine le quart. »

[…] Donc, le même mouvement va se produire parmi les paysans, parce qu’ils n’ont pas en effet la propriété, parce que parmi les 7 millions de travailleurs ruraux qui sont disséminés sur notre sol, il y en a à peine 1 500 000 qui travaillent une terre à eux appartenant – et encore ces petits propriétaires paysans sont-ils accablés et par l’impôt, et par l’usure, et par l’hypothèque. Et à côté d’eux, il y a 800 000 fermiers pour lesquels vous n’avez rien fait, il y a 400 000 métayers, 2 millions d’ouvriers de ferme, 2 millions de journaliers, un énorme prolétariat rural qui ne peut plus arriver à la propriété, qui est ruiné par le fisc et par la spéculation cosmopolite que vous n’avez pas su empêcher.

En sorte que bien loin que vous puissiez trouver dans la démocratie rurale un point d’appui contre la démocratie ouvrière, nous, nous irons puiser dans cet immense réservoir des souffrances paysannes de quoi compléter la force ouvrière en vue de la conquête du pouvoir politique et de l’expropriation économique et politique de là haute bourgeoisie capitaliste qui exploite le paysan comme l’ouvrier.

Des républicains rétrogrades contre le socialisme

C’est parce que vous sentez vous-mêmes que le mouvement socialiste sort de toutes nos institutions, que vous êtes acculés aujourd’hui, pour le combattre, à une oeuvre rétrograde.

Le socialisme sortait de la République ; vous ne pouvez détruire la République, mais vous y introduisez ses ennemis d’hier en gouvernants et en maîtres, pour en chasser plus, sûrement les militants qui l’ont faite et qui ont versé leur sang pour elle.

Vous ne pouvez pas détruire ouvertement, officiellement votre oeuvre de laïcité, mais vous mettez votre République sous le patronage de la papauté… Oui, c’est la politique de Léon XIII qui vous dirige. C’est au Vatican que vous prenez, ou que votre politique prend son mot d’ordre, et ne pouvant, détruire les lois de laïcité, vous y introduirez le plus possible d’esprit clérical.

De même, vous n’oserez peut-être pas détruire ouvertement les syndicats ouvriers ; mais avec ces magistrats qui vous écrivent que les questions de cet ordre sont beaucoup plus politiques que judiciaires et qui se déclarent prêts cependant à appliquer la jurisprudence politique, vous trouverez bien assez le moyen, sans changer les lois, de supprimer en fait la liberté des syndicats ouvriers et de faire une loi de servitude de ce qui a été une loi d’émancipation, Et je suis en droit de conclure que le socialisme est à ce point un mouvement profond et nécessaire, qu’il sort si évidemment, si puissamment de toutes les institutions républicaines, laïques, démocratiques, que pour combattre le socialisme, vous allez être condamnés dans tous les ordres, dans l’ordre politique, dans l’ordre fiscal et dans l’ordre syndical, à une oeuvre de réaction.

Eh bien ! faites-la, essayez-la ! Et pendant que vous userez ce qui peut vous rester de force et de prestige à lutter contre le peuple en marche, dans les intervalles que nous laisseront vos persécutions impuissantes, nous apporterons les projets de réforme que vous n’avez pas apportés ; et puisque vous désertez la politique républicaine, c’est nous, socialistes, qui la ferons ici.

Jean Jaurès
21 novembre 1893
(De la république au socialisme)