Alea Jacta Est

Franchir le Rubicon, résister à la peste.
Déranger la poussière et risquer son destin
Fuir la vérité au soleil du matin.
Alea Jacta Est…

Et déchirer sa veste
Comme on brule ses idoles
Tenter les années folles
Aléa Jacta Est…

Comme d’autres grimpent l’Everest
Chasser les passions tristes
Tenter la vie d’artiste.
Alea Jacta Est…

Flamber ce qu’il nous reste
A s’en crever les poches
Vivre entre sable et roches
Alea Jacta Est…

Quand le bonheur proteste
Allier l’eau et le feu
Se croire courageux
Alea Jacta Est…

Pour le temps qu’il me reste
Faire sans réfléchir
Le tour de mes plaisirs
Alea jacta Est…

10 Aout 2019

Vasco de Gama

Aux soirs éternels où le houblon me perd
La grand-voile m’attire comme étoile du berger
Je me rêve conquérant, je m’inspire corsaire
Pour noyer le silence d’être désespérer…

Ô que devenir Colomb, sublime conquistador
Ou Vasco de Gama découvrant les îles d’or

Seul et sans équipage. Déserter le bitume
Et traverser des mers comme on claque une porte
N’avoir comme compagnon que les rires de l’écume
Et des Kiribati aux rives de la mer morte
Emporter avec soi les mornes oraisons

Ô que je sois Colomb, sublime conquistador
Ou Vasco de Gama découvrant les îles d’or.

Des îles ! Toujours des îles !
La mer. Toujours la mer !
Et l’horizon si noir soit il
Au bout de l’univers…

Ô devenir Colomb, sublime conquistador
Ou Vasco de Gama découvrant les îles d’or.

Pour laisser derrière soi
La terre sans futur
Prendre la route de la soie
Ou finir dans le mur…

Ô devenir Colomb, sublime conquistador
Ou Vasco de Gama découvrant les îles d’or.

Dormir sans fautes sur le port d’Auckland
Mendier quelques Vatu, s’emmurer en Irlande
Et danser le Meke, trembler aux alizées
S’endormir au pied de la statue du Ché.

Ô devenir Colomb, sublime conquistador
Ou Vasco de Gama découvrant les îles d’or.

Ailleurs. Je voudrai être ailleurs
Mais je ne suis qu’ici
Penché sur la mappemonde
Pour rien qu’une seconde

Etre Vasco de Gama…

Août 2019

Rien Ne Bouge

Les souvenirs de mon enfance
Les jours bleus qui s’éternisent
Les nuages que je sais par coeur
Les Lumières de la Grande France
Les cœurs qui battent ou qui s’enlisent
Les cris, les larmes, les clameurs.

Je voudrai tant que rien ne bouge
Ni mon enfance articulée
Ni le superbe des drapeaux rouges
Ni le silence désincarné…

Les amours que rien ne désarme
Et le silence désordonné
Comme partout le bruit des armes
Comme toujours les champs de blés…

Je voudrai tant que rien ne bouge
Ni mon enfance articulée
Ni le superbe des drapeaux rouges
Ni le silence désincarné

Rien n’est à l’homme impossible
Comme Austerlitz, soleil bleu
Rien n’est à l’Homme impossible
Si ce n’est, juste, s’aimer. Un peu…

Je voudrai tant que rien ne bouge
Ni mon enfance articulée
Ni le superbe des drapeaux rouges
Ni le silence désincarné…

Penche, penche et s’incline alors
Le Soleil vert des années tendres
Et que s’éloigne le siècle d’or
Laissant la montagne se fendre

Je voudrai tant que rien ne bouge
Ni mon enfance articulée
Ni le superbe des drapeaux rouges
Ni le silence désincarné…

Je voudrai tant que rien ne bouge
Ni les tableaux du Caravage
Ni le cimetière de Montrouge
Ni le rose des fleurs sauvages…

Rien à l’homme n’est impossible
Ni les fragments de solitude
Rien à l’Homme n’est impossible
Ni espérer des latitudes…

Je voudrai tant que rien ne bouge
Ni les fraises aux jardins d’été
Ni le superbe des drapeaux rouges
On ne peut être et avoir été

Je voudrai tant que rien ne bouge…

31Juillet 2019

T’en Souviens-tu, la France

 

Quelques vieux amiraux venus mourir à terre,
Quelques anciens héros, ensemble me racontèrent
Ce qu’il restait à dire de leurs années fringantes
Où flamboient des étoiles encore bien vivantes

C’est ainsi que j’ai su, l’Honneur de ce Poète
Qui dans la nuit profonde brava le pont de Cé
Puis vinrent les jours heureux. Il chanta à tut-tête
La chanson des canuts, si longtemps délaissée

T’en Souviens-tu, la France ?

Quelques marins échoués sur des plages de bitumes
Quelques vieux chevaliers adeptes d’étranges coutumes
Fouillant dans leur mémoire comme sourciers silencieux
Me contèrent ces jours où tremblèrent les cieux

C’est ainsi que j’ai su. L’Histoire de cette homme
A peine 17 ans, un frêle enfant en somme
Tombé seul. En silence. Et dans ses yeux brillants
Se reflétait l’Espoir. C’était à Chateaubriant

T’en Souviens-tu, la France ?

Quelques anciens nostalgiques à l’âme Vendémiaire
Quelques rouges combattants qui détestaient Brumaire
Exaltaient ces journées que d’autres chantaient si bien
S’agenouillant, perdus, devant Maximilien

C’est ainsi que j’ai su, les mois de doléances
Varennes et le 4 août. Le citoyen Pétion
L’Adieu aux grandes souffrances
Ces jours ensoleillés ou naquit une Nation.

T’en Souviens-tu, la France ?

Quelques hommes sans dieux, qui y croyaient encore
Quelques missionnaires aux reflets tricolores
Et qui savaient par cœur Souvenirs et Solitude
Récitèrent devant moi ces lignes de servitude

C’est ainsi que j’ai su. Qu’on peut être un homme
Aux hommes, inconnu. Et ainsi finir comme
Carcasse abandonnée par une simple nuit noire
Un jour pourtant, survient le Panthéon et le jour de gloire.

T’en Souviens-tu, la France ?

Quelques fières vétérans d’une Bastille heureuse
Se souvenant fort bien du café du croissant
Chantèrent a l’unisson leur vingtaine joyeuse
Un homme une rose à la main au milieu des passants

C’est ainsi que j’ai su. Le temps et l’amour libre
L’Abolition enfin et les larmes de mon père
Une jeunesse debout et de la Seine au Tibre
l’Europe qui te regarde et à son tour espère…

T’en Souviens-tu, la France

Quelques amis lointains, et d’autres bien plus proches
Qui n’ont jamais remisé le drapeau dans leurs poches
Forment avec moi ce haut vœu d’espérance
Celui qu’un jour se rallume, Ô mon pays de France
Ta lumière qui sut si bien se faire rebelle
Et renaisse à jamais ce port universel
Comme phare agité, là-bas tout au bout
Comme astre incandescent quand la nuit est partout…

19 Janvier 2018

Tous les Héros de mon Enfance

Qui a tué sans résistance
Tous les héros de mon Enfance
Où sont passés mes dimanche soir
Et Rosy Varte venant me voir

Quelles aventures ont donc vécus
Tous mes vieux amis disparus
Fantomette a-t-elle en un éclair
Terrassée le masque d’argent
Et Dany Wilde et Brett Sinclair
Sont-ils toujours de bons agents

Rémi a-t-il toujours les yeux qui brillent
Lorsqu’il retrouve sa famille
Et les canards de Montsouris
Savent-ils qu’ils m’ont tout appris

Quelles aventures ont donc vécus
Tous mes amis qui ne sont plus
Que souvenirs bien consignés
Dans ma mémoire dissimulée

Qui a tué sans résistance
Tous les héros de mon Enfance
Babar est-il encore le souverain
Du royaume de tous mes copains

Quelles aventures ont donc vécus
Tous mes amis qui ne sont plus
Que posters au fond d’un carton
Que sont devenus les soucis
Que je rapportai du Plessis
Et la fontaine de Xaintrailles
Se souvient-elle du passe muraille

Qui a tué sans résistance
Tous les héros de mon Enfance
Et nos baisers sous le regard
D’Héloïse et d’Abélard

Quelles aventures ont donc vécus
Tous mes amis qui ne sont plus
Que souvenirs de premiers livres
Entre les oiseaux et le givre

Ni les amours, ni la Victoire
N’effaceront mes dimanche soirs
Rien vraiment n’a plus d’importance
Que les héros de mon Enfance…

16 décembre 2018

Le Feu à la Plaine

J’ai tenté d’échapper aux démons de l’enfance
Par des mots insensés. Des cures d’espérances
Les nuits furent des refuges où je jouais mon âme
Et j’ai changé de vie. Et j’ai refait le monde.
Mille fois je vécus en Prince du macadam
Ainsi l’Ombre était là quand je menais la fronde.
En attendant Tilsit et le Feu à la Plaine.

J’ai cherché l’Horizon que l’Absence déchire
Et hissé des Grands Voiles aux heures d’inquiétude
Traversé l’Océan avant qu’il n’expire
Dans des songes exquis couleur de quiétudes.
Et mes îles ne sont que quartier quotidien
Où je possède tout, en ne possédant rien.
En attendant que sombre le cargo des semaines
Et l’avenir incertain, et le Feu à la Plaine.

Je fus le Général d’une armée sans soldat
Traversant les Hautes-Steppes qui menaient à l’Empire
De Valmy en Arcole, de montagnes en faux-plats
Et faisais de mon mieux pour éviter le pire.
Sous les orages bruns d’un Éole fatigué.
Mon enfance n’est plus que pelote de laine
Qu’il n’est plus possible, hélas, d’enrouler.
En attendant Tes Yeux. Et le Feu à la Plaine.

J’ai tenté d’allumer les néons de l’Espoir
Cherché une place infime, un endroit où m’asseoir
Mais n’ai trouvé qu’un banc sur les bords de la Seine.
Où naissent quelquefois ces chansons sans musiques
Sous les éclairs bleus de cascades poétiques.
Et les eaux délaissées. Et le Feu à la Plaine.

13 décembre 2018

Tes Pas

Pour J.F.

Même les haies font silence
Et les Hautes cimes vertes
Suivent la pénitence
Que les oiseaux désertent…

La rue de mon enfance
Ne ressemble plus guère
Qu’à un chemin d’errance
Où tu perdis la guerre.

On se voyait si peu
Qu’on se connaissait bien
Un peu comme quand le feu
Réchauffe lorsqu’il s’éteint

Et nous aimions ce vin
Sucré comme ta jeunesse
Quand j’essayais en vain
De soumettre ma tristesse.

Depuis ce jour sans ciel
Ou la vie t’échappa
Se taisent les tourterelles
Immortels sont tes pas…

23 Octobre 2018

Beaucoup de Toi

 

A Mon Père

Chaque mot qui s’enlace
Sur mes lignes impromptues
S’écrivent pour que la trace
Toujours se perpétue

Ce Poétique moi
C’est beaucoup de Toi…

Chaque frisson d’hiver
Qui s’abattent en rafales
Quand brulent les hivers
Tragique carnaval

Ce nostalgique moi
C’est beaucoup de Toi…

Chaque dix mai au soir
Quand ton espoir se pose
Sur mes rêves de Grand Soir
Tu me racontes la Rose…

Ce Socialisme en moi
C’est beaucoup de Toi…

Chaque vers de Leprest
M’aidant dans le tumulte
Quand trop grande est la veste
Du monde des adultes

Ce chansonesque moi
C’est beaucoup de Toi

Chaque pas que je fais
Dans ces rues sans lumières
Chaque pas que je fais
Franchissant  les frontières

Cette liberté en moi
C’est beaucoup de toi

Cette vie que je mène
Mi reclus mi bohème
Cette vie qui m’amène
A écrire ces poèmes
C’est à toi. Rien qu’à toi.
Que je dois de la vivre
Et c’est beaucoup de toi
Qui compose mon livre…

12 Aout 2018

Les Rugissantes

Franchir les Rugissantes
Ces larmes attachées
Aux années galopantes
Aux rires déshérités

Rétrécissent les cimes
Tranquilles. Tombent les arbres.
Quand le sourire n’est plus qu’un crime
Qui se fracasse sur le marbre

Oui c’est ainsi que vont et viennent
Les indomptables rugissantes
C’est comme cela que surviennent
Les lucidités fracassantes.

S’agite le miroir performant
Face aux jours gris qui s’accumulent
Et avancent comme tambours battants
Comme gris hiboux qui hululent

Oui. C’est ainsi que vont et viennent
Les indomptables rugissantes
En ces jours sombres où s’en reviennent
Les nostalgiques épouvantes.

12 Aout 2018