Les Ratures


De nos jours encore
Les Poètes de sept ans
Se rêvent chercheurs d’Or
Se veulent conquérants
Mais au final ne sont
Que reflets fatigués
Pleurant à l’unisson
Leurs songes déchiquetés.

De nos jours encore
Les Poètes Maudits
Attendent l’Age d’Or
Mi héros. Mi bandits.
Mais au final ne sont
Que silhouettes errantes
De bistrots en grand’places
Et leur gloire les hante
Comme larmes dans la glace.

De nos jours encore
Quelques ombres anonymes
Peuplent les corridors
Arpentent les pseudonymes
Répétant la chanson
De ceux, nés bien trop tard
Dans ce siècle perdu.
Ils ne font que passer
Et les voilà vaincus
Par l’absurde modernité.

De nos jours encore
Sous d’âpres cressons bleus
Quelques toréadors
Qui invoquent les cieux
Envoient aux champs d’horreurs
Une foule d’enfants seuls
Qui, pensant toucher le bonheur
Finissent sous le linceul.

De nos jours encore
D’étranges saltimbanques
Hantent le même décor
Des guichets de banques.
Vivent où ils le peuvent
Si loin des maisons neuves/
Leurs petites amoureuses
Puisque les ventres sont vides
S’en vont. Silencieuses
Sous un ciel livide.

Homme au semelle de vent,
Souvent, je pense à toi.
Qui, des plaines d’Orient
A Bruxelles sous les toits
Vécu cette vie d’absinthe
Et des poches crevées
Cette vie jamais feinte
De trente sept années
Puis vint le grand sommeil
Sur les rives de Marseille.

Bien sur il y eut l’Afrique
Il y’eut l’Abyssinie
Où tu fus maléfique
Tout autant que génie.

De nos jours encore
Des armées de peaux-rouges
Descendent sans remords
Les déliés qui bougent
Jusqu’où iront-ils ?
Pour combien de temps ?
Jusqu’à quelle île ?
Au printemps. Si évident…

De nos jours encore
Quand la ville s’éteint
Quelques traînes poèmes
Ressassent leurs rengaines
En rêvant du Vercors
Leur ambition s’éteint
Meurt la littérature
Ne restent que les ratures.

Bien-sûr. Je me fous des ratures
Arthur.



Avril 2020

A jamais fatigué de dire ce que je pense


En remontant tranquille cette chère rue Lepic
Entre les temps modernes et Paris authentique
Récitant à bas-bruit quelques intimes strophes
Tout là haut. Voila qu m’apostrophe
La mémoire des martyrs, frères de soixante et onze
Et du passe-murailles une statue de bronze.
Je ferai vœu de livre. Je ferai pénitence.

A jamais fatigué de dire ce que je pense…

Vient la rue des Abbesses
Où il m’en souvient. Je fus aimé. Un jour
Quelques soient les idées que le monde professe
Je me garderai bien de sanctifier l’amour.
Encore quelques mètres. Le sommet de la butte
S’accrocher. Retenir la chute.
Plutôt que le mépris. Préférer le silence.

A jamais fatigué de dire ce que je pense…

A jamais fatigué de dire ce que je pense
Pour l’amour. Pour la vie. Et même pour la France
Quand l’histoire toujours semble donner raison
Aux poètes. Aux fous. Aux faiseurs de chansons.

A jamais fatigué de dire ce que je pense.
Quand chacun des combats menés tambours battants
S’abîment sur les rochers de la désespérance
Les uns après les autres, pleurent les militants.

Vieillir. Seul. Mais debout. Avec sa conscience
Sans compromis aucuns avec ses promesses
Qu’importe alors que le monde nous connaisse
A jamais fatigué de dire ce que l’on pense…


Avril 2020

Merci! Bonsoir…



En quelle journée. En quelle saison ?
Fermerai-je la porte ? Quitterai-je la maison ?
Ce sera un jour clair qui passera bien vite
J’irai voir mes amis. J’irai voir mes amours. Et chacun à leur suite
Je leur dirai : « Il «est l’heure, ce soir
Merci!Bonsoir … »

Emportant avec moi le strict minimum
Je m’en irai à pied. Pour Papeete. Pour Rome
Tout au fond de ma poche un livre fatigué
De ce cher Aragon le Roman Inachevé
Sur n’importe quel banc. J’attendrai. Dans le noir
Et à tous les passants je leur dirai : « Merci ! Bonsoir… »

Défileront les copains. Passeront les camarades
Reprenant tous en chœur et à la cantonade
Nos chants inachevés pour balayer l’hiver
Je ne me lèverai pas. Mais soufflerai mes vers
Car ma confiance en l’homme s’étiole chaque soir
Alors pour la suite. Non Merci et bonsoir…

Puis je m’exilerai sur une île à l’eau bleue
Si Vendredi n’y est pas, cela sera tant mieux
Vivant parmi les Esprits. Et parmi les poissons
Gouter enfin la joie d’être Robinson.
Que passe un bateau. Comme un signe d’espoir.
Je lui dirai : «Je reste. Merci!Bonsoir… »

Je dormirai tranquille. Peu importe l’endroit
Dans un hamac fait de deux planches de bois
Si par un grand hasard les honneurs me rattrapent
Ils seront chassés. Enfouis sous la nappe
Je suis trop exigeant pour accepter la gloire…
Merci!Bonsoir…



Avril 2020

Ca Passera

Ils me disaient:çà passera
Un jour où l’autre, tu renieras
Renonceras à la fureur
Au tumulte et à la clameur
Tu balaieras tes idéaux
En remisant tes drapeaux.

Ils me disaient:n’y songe plus
Où bien tu finiras reclus
Sans avoir goûter au Grand Soir
Étouffé par le désespoir
Et verras s’effondrer tes rêves
Malgré les poings qui se lèvent.

Ils me disaient : Ça passera
Puis un jour tu en reviendras
Souviens-toi des désillusions
Qui naquirent des révolutions.

J’ai vieilli. Tout va bien. Merci
De vous être fait tant de soucis
Le Rouge me va toujours très bien
Parmi mes frères plébéiens.

Bien-sûr, il arrive parfois
De douter. De perdre la foi.
Quand un soir de mars ou d’avril
S’expriment les suffrages imbéciles.

Mais ma promesse est éternelle
Depuis ce soir de Noël
Je m’y tiens. Comme je peux.
Même quand mon âme s’emplit de bleus

Certes il y eut des reniements
Et des copains qui abandonnent
Il arrive toujours un moment
Où l’on doute du cœur des hommes

De ces jours désespérants
Où l’on se sent si fatigués
A se vouloir trop militant
Et nous voilà désabusés…

Soudain la flamme se rallume
Elle est là. Elle surplombe. Elle luit.
Pour éviter qu’elle ne se consume
A nouveau, alors, on la suit.

Alors jusqu’à mon dernier souffle
Vous pourrez dire : Çà passera
S’il se peut que je m’essouffle
Je continuerai le combat.

Avril 2020

Les Recoins de l’Ombre

S’il vous plaît. Merci de tirer le rideau
Je ne suis pas venu afficher mon fardeau
Faites un pas de côté. Prenez si vous voulez
Toute la scène et même plus
Faites un pas en avant. Prenez si vous voulez
Des heures de gloires en plus.
Laissez-moi je vous en conjure
Occuper les recoins de l’Ombre
Ne me faites pas la triste injure
De m’épauler dans la pénombre.
Prenez la place qui vous sied
Dans la longue file des médailles
Et laissez moi renter à pied
Jusqu’à l’heure de mes funérailles
Je n’ai pas besoin des honneurs
Que confèrent les belles personnes
Et préfère que l’on m’abandonne
Sur le chemin des randonneurs
Avec mes vers sans illusions
Sans aucunes décorations.

Il se peut qu’un jour sans prudence
On m’octroie une récompense
Je ne dirais que quelques mots :
« Merci. Au revoir. A bientôt »
N’étant pas né pour les éloges
Mais plutôt pour suivre l’horloge.
Comme Tonton Georges et se trompettes
Je ne suis rien d’autre qu’un poète
Dont les vers ont peu d’importance
Au regard de l’Histoire de France.

Le temps de mettre un point final
A mon œuvre pourtant minimale
Que passent les années sans malus
Je me ferai Cincinnatus
N’ayant pour moi que mon orgueil
Qui me surveille du coin de l’œil.

Laissez-moi je vous en conjure
Occuper les recoins de l’Ombre
Ne me faites pas la triste injure
De m’épauler dans la pénombre.

Avril 2020

Les Aires du Silence

Comment ? Que je parle plus fort ?
Que je parle seulement m’est un terrible effort.
Parler pour ne rien dire n’est pas mon habitude
J’aime mieux cultiver mes fleurs de solitude
Dans le jardin tranquille de mes mots alignés
Arrosant à l’envie des pages assignées
Où s’échouent mes combats. Mes rires. Et mes larmes.
Pacifiste inconnu dont le stylo est l’arme.

Écrire ! Ecrire encore. Tel un tribun des lettres
Mais ne rien dire. Jamais. Le regretter. Peu-être.

Ne rien dire. Simplement composer
A s’en brûler les doigts. Et puis se reposer.
Passer des nuits entières à chercher quelques rimes
Pendant que dort. Tranquille. Au sommeil des sublimes
Une femme semblable au Paradis Perdu
Que j’aimerai. Sans détour. D’un amour éperdu.

Écrire ! Écrire encore. Moderne Cyrano.
Et puis savoir se taire. Comme se taisent les pianos
Quand leurs cordes connaissent les affres de la brisure
Écrire. Écrire encore!N’avoir comme masure
Qu’une pièce sans lumière. Un bureau ridicule
Qu’importe le flacon. Un réduit minuscule
Pourvu qu’on ait l’ivresse d’enfin toucher au but
Même si notre art de vivre nous mène au rebut.
Dans n’importe quel bistrot fuir la compagnie
Soigner à coup houblon sa mégalomanie
Ne répondre aux questions que du bout du regard
Prendre des coups. Tomber. Se relever. Hagard..
Se regarder en face. Se trouver encore pire.
Puis soudainement s’aimer. S’aimer à se relire.
Se trouver formidable. Mais le garder pour soi.
On se lève. On se montre. Et puis l’on se rassoit.

Écrire ! Écrire encore. Au point de disparaître
Ne rien dire. Jamais. Au risque de paraître
Un peu hors des sentiers. Comme marchand dans le vide
Mais tout voir. Tout comprendre. Voyant extralucide.

Toujours se réfugier sur les aires du silence
Écrire !Écrire encore. Comme on fait pénitence.

Pouvoir. Mieux que quiconque. Traverser les saisons
Car le poète, vois-tu, a toujours raison.


4 Avril 2020


Le Déluge



Les Cieux sont habillés de Bolduc iroquois
Et mes larmes semblables aux fleuves infinis
Je pagaie. A l’envers. Évitant les carquois
Tandis que nos étoiles ne sont plus que croquis.

Les dunes déchirées par un soleil amer
Pleurent nos cœurs fracassés. Sur des rochers en Deuil
De l’Authie à Malo se retire la mer.
Souvenirs et serments finissent en cercueil.

Tous les oiseaux désertent nos plages hebdomadaires
Tandis qu’aux équinoxes les plages se souviennent
De nos promesses bleues qui sont restées en l’air
Quand nos corps s’alarmaient à l’abri des persiennes

Et tu lâchas ma main un soir d’hiver banal
Sur un trottoir froid comme le furent tes mots
Et me voici. Perdu. Me demandant quel mal
Fit craquer notre amour comme un simple rameau.

Et je garde en mémoire.
Ta blondeur innocente. Le chant des goélands.
Le cours de notre Histoire
Nos vers à deux voix. La danse des cerfs-volants…

Et j’écris. Et je pleure.
N’est-ce point la même chose ?
Car l’on peut créer lorsque la vie est rose…
Et j’écris. Et je pleure.
Terré en mon refuge

Après Toi…Le Déluge…

Mars 2020

Dix ans de Rimes et de Luttes, il est tant qu’adviennent les Jours Heureux.

Cher lecteur, ami, familier ou camarade, ce blog a 10 ans

Dix ans de vers, de combats, de doutes et d’interrogations.

Au terme de ces 10 années, il est temps que ce blog fasse peau neuve.

Fidèle à sa vocation, à son essence première, son ADN reste inchangé: Poésie, République, Socialisme (et quelques doutes aussi, évidement) mais son appellation évolue.

Ainsi, De Rimes et de Luttes devient En Attendant les Jours Heureux. Ils viendront. C’est le sens de l’Histoire.

Nous sommes repartis pour 10 ans. Haut les cœurs (parfois désespéré), de combats, de rimes, d’amour éternel et de bonheur en fuites

« Que viennent les Jours Heureux, et le gout du bonheur » Jean-Luc Mélenchon

 

 

Alea Jacta Est

Franchir le Rubicon, résister à la peste.
Déranger la poussière et risquer son destin
Fuir la vérité au soleil du matin.
Alea Jacta Est…

Et déchirer sa veste
Comme on brule ses idoles
Tenter les années folles
Aléa Jacta Est…

Comme d’autres grimpent l’Everest
Chasser les passions tristes
Tenter la vie d’artiste.
Alea Jacta Est…

Flamber ce qu’il nous reste
A s’en crever les poches
Vivre entre sable et roches
Alea Jacta Est…

Quand le bonheur proteste
Allier l’eau et le feu
Se croire courageux
Alea Jacta Est…

Pour le temps qu’il me reste
Faire sans réfléchir
Le tour de mes plaisirs
Alea jacta Est…

10 Aout 2019

Vasco de Gama

Aux soirs éternels où le houblon me perd
La grand-voile m’attire comme étoile du berger
Je me rêve conquérant, je m’inspire corsaire
Pour noyer le silence d’être désespérer…

Ô que devenir Colomb, sublime conquistador
Ou Vasco de Gama découvrant les îles d’or

Seul et sans équipage. Déserter le bitume
Et traverser des mers comme on claque une porte
N’avoir comme compagnon que les rires de l’écume
Et des Kiribati aux rives de la mer morte
Emporter avec soi les mornes oraisons

Ô que je sois Colomb, sublime conquistador
Ou Vasco de Gama découvrant les îles d’or.

Des îles ! Toujours des îles !
La mer. Toujours la mer !
Et l’horizon si noir soit il
Au bout de l’univers…

Ô devenir Colomb, sublime conquistador
Ou Vasco de Gama découvrant les îles d’or.

Pour laisser derrière soi
La terre sans futur
Prendre la route de la soie
Ou finir dans le mur…

Ô devenir Colomb, sublime conquistador
Ou Vasco de Gama découvrant les îles d’or.

Dormir sans fautes sur le port d’Auckland
Mendier quelques Vatu, s’emmurer en Irlande
Et danser le Meke, trembler aux alizées
S’endormir au pied de la statue du Ché.

Ô devenir Colomb, sublime conquistador
Ou Vasco de Gama découvrant les îles d’or.

Ailleurs. Je voudrai être ailleurs
Mais je ne suis qu’ici
Penché sur la mappemonde
Pour rien qu’une seconde

Etre Vasco de Gama…

Août 2019